Le Maroc hante le discours militaire algérien
Saïd Chanegriha a profité de l’anniversaire de l’indépendance algérienne pour dénoncer des “complots” visant son pays. Le Maroc n’est jamais cité, mais le discours du chef d’état-major algérien laisse apparaître, en creux, l’obsession de Rabat dans la rhétorique militaire d’Alger.
Le message était censé célébrer l’indépendance. Il s’est vite transformé en mise en garde contre les ennemis de l’Algérie. À l’occasion du 64e anniversaire de l’indépendance, Saïd Chanegriha a adressé un message aux personnels de l’Armée nationale populaire, entre hommage patriotique, bilan sécuritaire et dénonciation de menaces extérieures.
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Le général d’armée a d’abord salué les opérations menées par l’ANP contre le terrorisme, le crime organisé, la contrebande d’armes, de munitions et de stupéfiants, l’exploitation illégale de l’or, la migration clandestine, ainsi que la contrebande de denrées alimentaires et de carburant.
Mais le passage le plus politique se trouve ailleurs. Chanegriha a appelé les militaires à poursuivre leurs efforts pour assurer “la sécurité, la sérénité et la stabilité” du pays, et pour déjouer “tous les complots ignobles” qui se trament contre l’Algérie, “en secret comme au grand jour”, par “les ennemis d’hier et d’aujourd’hui”.
Rabat jamais cité, mais présent en creux
Le Maroc n’est pas nommé. Aucun pays ne l’est. Mais dans le langage politico-militaire algérien, ces formules ne sont jamais neutres. Les références aux frontières, aux ennemis, aux complots et à la souveraineté menacée renvoient directement au climat de rivalité permanent avec Rabat.
Depuis la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays, Alger entretient régulièrement l’idée d’un environnement hostile, dans lequel l’Algérie serait visée parce qu’elle refuse la soumission et défend ses positions régionales. Le discours de Chanegriha reprend cette matrice presque mot pour mot.
Le chef d’état-major parle d’ennemis qui “n’ont jamais accepté et n’accepteront jamais” les victoires de l’Algérie, ni le fait qu’elle soit “indépendante et souveraine dans ses décisions”. Il évoque aussi une Algérie “défenseuse des causes justes dans le monde”, une formule qui, dans le contexte régional, renvoie aussi au dossier du Sahara et à l’opposition frontale avec le Maroc.
Le message vise donc autant l’extérieur que l’intérieur. En insistant sur les menaces, les trafics et les complots, l’armée algérienne se présente comme le rempart indispensable face à un adversaire jamais désigné, mais toujours suggéré.
C’est toute la logique de ce discours : ne pas citer Rabat, mais laisser le Maroc occuper l’arrière-plan. Le royaume apparaît comme une présence constante dans la rhétorique sécuritaire algérienne, un ennemi implicite autour duquel se construit le récit de la vigilance nationale.
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À travers ce message, Chanegriha ne parle donc pas seulement aux militaires. Il rappelle aussi la place centrale de l’ANP dans le récit algérien : une armée protectrice, un pays assiégé, des ennemis à ses portes et une souveraineté qu’il faudrait défendre sans relâche. Le Maroc n’est pas dans la phrase, mais il hante tout le discours.