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Le Maroc prépare son Jurassik Parc

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14 mai 2007 - 12h08 - Maroc

Tadla Azilal, là ou le temps s’arrête pour remonter des millions d’années dans l’Histoire. Une époque, où cette région n’était qu’une vaste plaine avec des lacs, des forêts et dans laquelle les dinosaures régnaient en maîtres.

Même aujourd’hui, la population ne semble pas avoir beaucoup changé à en croire l’état de pauvreté et de misère extrêmes dans lesquelles elle vit. Une époque que l’on croyait révolue, et pourtant... Une dignité humaine bafouée, contre laquelle le travail associatif s’insurge pour redonner espoir.

Un géoparc, M’Goun de son nom, voilà une trouvaille de l’Association pour la protection du patrimoine géologique du Maroc (APPGM) qui pourrait, au-delà de l’attraction, redonner vie à la région. Selon son président, Youssef Nadifi, « cette action vise à préserver ce patrimoine et à encourager le géotourisme, ce dernier étant un moteur de développement économique pour les populations locales ». Rappelons que cette opération est parrainée par le groupe Holcim. Une tâche à laquelle se sont également attelés le Conseil régional de Tadla Azilal, le Groupement des Communes du Haut et du Moyen Atlas, le Groupement des communes de Béni-Mellal pour la protection du géoparc M’Goun, et le Conseil provincial de Béni-Mellal. Le Centre régional d’investissement, quant à lui, s’est associé aux chercheurs de la faculté des sciences et techniques de Béni-Mellal pour élaborer une charte territoriale du géoparc. « Celle-ci élabore l’état des lieux avant d’émettre des propositions pour la sauvegarde, la gestion et le développement de ce parc », affirme Ahmed El Haouti, directeur du CRI de la région Tadla Azilal.

« En réalisant ce projet, l’Initiative de développement humain trouvera toute sa signification profonde en permettant aux populations avoisinantes et des montagnes de la région de vivre dignement, en parfaite harmonie avec leur milieu », estime quant à lui le wali de la région Tadla Azilal, Mohamed Dardouri. En effet, la souffrance humaine dans cette région se ressent à chaque respiration et à chaque mouvement. Il faut au moins 15 heures à dos de mulet pour une femme qui doit accoucher pour trouver un dispensaire. Et quand bien même les moyens lui manqueraient cruellement. Les écoles, c’est une autre histoire. Il suffit de rappeler que le taux d’analphabétisme est l’un des plus élevés du pays (74%), celui des femmes est de 92%. Bien évidemment, le seul moyen pour les élèves d’y accéder, c’est de s’y rendre à pied.

La notion de géoparc est née sous les auspices de l’Unesco et avec la participation de plusieurs pays européens. Pour les responsables de l’APPGM, obtenir le label de cette organisation est l’une des priorités de l’Association. Outre la notoriété qui lui sera conférée, le parc pourrait également bénéficier d’un confortable matelas financier. Mais beaucoup de travail reste à faire : sensibiliser les populations et trouver les fonds. A ce niveau, il faut signaler que les partenaires de ce projet participent dans une première phase à hauteur de 5,26 millions de DH.

S’étendant sur un territoire de 12.000 km2 et englobant 15 communes de la province d’Azilal et 44 communes de la Province de Béni-Mellal, le géoparc M’goun est un espace englobant le Piémont et la dorsale montagneuse du Moyen Atlas et du Haut Atlas. Le Piémont constitue un espace tampon entre la plaine de Tadla et la montagne. Il héberge un certain nombre d’activités artisanales et une agriculture traditionnelle qui, avec le temps, pourrait connaître un regain d’intérêt dans le cadre d’une agriculture bio diversifiée. La dorsale montagneuse de l’Atlas, qui traverse le territoire du Nord-Est au Sud-Est, est un espace qui reste à découvrir et présente un potentiel touristique immense. C’est aussi un espace favorable à de microexploitations axées sur une production végétale et animale naturelle mais qui exige, pour son développement, une approche et une planification réfléchie et bien adaptée à ses particularités.

L’histoire de cette région remonte à des millions d’années durant lesquelles s’est constituée une ceinture géologique privilégiée, qui se distingue par la présence de célèbres et spectaculaires traces de pas de dinosaures sauropodes (l’espèce la plus imposante de dinosaures herbivores ayant vécu sur terre il y a près de 200 millions d’années) et de théropodes (une espèce carnivore qui se tenait sur ses pattes arrières et qui était la famille de dinosaures la plus répandue il y a 185 millions d’années) se trouvant sur le site préhistorique d’Iouaridène à 10 km de Demnate. Ces traces sont éparpillées en pistes solitaires ou en troupeaux, « constituant de ce fait l’un des gisements les plus caractérisés du monde », explique Philippe Taquet, un célèbre paléontologue français qui a authentifié les ossements fossilisés trouvés sur ce site. Cette richesse devant être préservée, un plan d’aménagement a été élaboré avec un besoin de financement de 900.000 DH permettant de mettre en place clôtures, signalétique, montage d’un dinosaure grandeur nature en résine, etc.

Aussi un mur parallèle à la direction des traces sera-t-il bâti. Objectif, faire écran aux vents pour tamponner l’érosion des traces dues au transport éolien des sables. Sur ce mur, il est prévu d’installer un écran solaire afin de les préserver. Enfin, cet abri va être entièrement construit avec des matériaux locaux. Prés de Ouaowzaght (à mi-chemin entre Béni-Mellal et Azilal), comme voulant resurgir, un squelette presque complet d’un sauropode dénommé Atlasaurus imlajei (jurassique moyen, 154 à 164 millions d’années, herbivore d’une taille de18 mètres de long et 10 mètres de haut, et un poids de 22,5 tonnes environ) a été découvert. Or, au lieu d’être mis en valeur dans un endroit digne de ce nom, ce squelette est exposé au Musée des sciences de la Terre, qui se trouve, devinez où, au ministère de l’Energie et des Mines, loin de tout intérêt touristique. Actuellement, une procédure est engagée pour l’exposer au futur musée d’Azilal, dont le coût est estimé à 9 millions de DH. Il permettrait, pour les protéger, de réunir les différents squelettes et traces de pas de dinosaures. Ainsi, il constituerait un centre de recherche scientifique, générateur de visites touristiques et scolaires. Cependant, pour cela, trois appels d’offres ont été lancés, depuis fin 2005 à fin 2006, en vain.

Les responsables changent de méthode et vont négocier de gré à gré. Explication, « les entreprises étrangères ne sont pas intéressées par un tel projet qui ne leur rapportera pas beaucoup, et les marocaines n’ont pas la technicité requise », affirme El Haouti.

Non loin de ce site, à 3 km, la nature a tenu à marquer sa force et sa splendeur. Le pont naturel d’Imnrifi, où l’oued M’haceur a creusé des entailles dans la roche formant ainsi une magnifique arche de 30 mètres de hauteur. Autre beauté de ce site, une flore diversifiée, où l’on trouve des euphorbes et des caroubiers et une multitude d’autres plantes. Les corneilles, les chauves-souris et des buses y ont trouvé refuge. Ainsi afin de préserver et de valoriser cette merveille de la nature, un aménagement de ce géosite a été prévu avec un coût de 900.000 DH. Il permettra en outre de recruter 5 guides préalablement formés et 10 ouvriers pour l’entretien du site. Les cascades d’Ouzoud, qui sont très connues, sont assujetties à une surexploitation touristique. Tout autour des constructions anarchiques sans aucun respect pour l’environnement. On y trouve des cafés ainsi que des campings installés au bord de l’oued et qui le polluent. Or ce site est classé zone protégée par le Haut commissariat aux eaux et forêts à la suite d’un arrêté viziriel qui remonte à 1942.

La mémoire de l’être humain est fort présente dans la région, le site de Tirghiyst en est la preuve. Il est de loin le plus connu des sites de gravures rupestres du Jbel-Rat. Ces gravures se caractérisent par leurs nombreux disques-boucliers, pointes de javelots et petits cavaliers libyco-berbères (entre 3.000 à 4.000 ans), parfois armés. L’ensemble des cavaliers peut représenter le déroulement d’une bataille. Une scène montre une chasse à la panthère. On ne peut que rester admiratif devant la vivacité de ces images d’une époque glorieuse du passé berbère. Des édifices avec une architecture vernaculaire atlasique clairsemés manifestent également la grandeur de l’esprit humain de la région. Zaouiat Ahansal est l’une de ces manifestations. Historiquement, elle date du XVIIIe siècle lorsqu’un saint, Sidi Said Ben Youssef El Hansali a fondé la Tarika Hansalia . Plus tard, elle a fait figure de centre de résistance au colonialisme. Etant un joyau de grande importance, cette zaouia fait l’objet d’une restauration. Cette dernière sera le point de départ d’autres aménagements. Dans ce sillage, un atelier de tissage sera crée. Coût global de l’opération : 1,8 million DH. Et comme pour rappeler que les êtres humains ont toujours eu certains soucis et certaines idées en commun, les greniers d’Ibaqualliwn évoquent les oppida celtes (lieu élevé et fortifié) en France. En effet, ces greniers servaient de refuge contre les attaques, leur fortification l’ayant permis.

Ils ont également été utilisés et continuent de l’être, comme entrepôt pour produits de subsistance (orge, huile, amande...) Y sont aussi déposés les archives, actes et objets précieux du village. Chaque famille y dispose d’une case dont elle assure elle-même l’entretien. La valorisation de ce patrimoine nécessitera un montant de 400.000 DH, avec un coût de fonctionnement annuel de 100.000 DH. Le projet consiste en la restauration du grenier, la création d’un atelier de tissage, et un pour la confection d’objet en noyer, ainsi qu’un local associatif. La faune, quant à elle, a pleinement souffert de l’intervention de l’être humain qui, par nécessité ou par caprice, l’a rendue vulnérable. La panthère de Tamga (Ouaouizaght) a probablement disparu, sa présence a été observée régulièrement dans les années 1960. Un spécimen est exposé au musée de l’institut scientifique de Rabat. Par contre, bien que rarissimes, l’aigle royal, le gypaète et le mouflon à manchette existeraient encore. Autres attraits de cette belle nature : les forêts notamment celle de Tamga. Elle se compose de pins associés aux genévrier rouge, au caroubier, au chêne vert et au thya. A ce niveau, il faut signaler que chaque année plus de 1.000 hectares de forêt sont perdus dans l’Atlas central. La bonne logique voudrait que l’on prenne les mesures nécessaires pour y remédier, sans toutefois léser les populations dont la survie dépend de la forêt.

L’Economiste - Jalal Baazi

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