Le Maroc a presque divisé par quatre les nouvelles infections au VIH

- 21h00 - Maroc - Ecrit par : Farid Laamoudi

Une vaste étude estime que les nouvelles infections au VIH sont passées de 3 163 en 2013 à 874 en 2025 au Maroc. Ce recul de 72 % masque toutefois une forte concentration de l’épidémie dans certaines populations et d’importantes différences entre les régions.

L’épidémie de VIH s’est fortement contractée au Maroc en un peu plus d’une décennie. Le nombre annuel de nouvelles infections serait passé de 3 163 en 2013 à 874 en 2025, soit une baisse d’environ 72 %.

Ces résultats proviennent d’une étude publiée dans The Lancet HIV, menée notamment avec des responsables du ministère marocain de la Santé et de la Protection sociale. Les chercheurs ont exploité les données de 58 enquêtes biocomportementales ainsi que plusieurs bases nationales couvrant la période 2010-2023.

Les 874 infections avancées pour 2025 ne correspondent donc pas au nombre exact de diagnostics enregistrés cette année-là. Il s’agit d’une estimation produite par un modèle mathématique, avec une marge d’incertitude comprise entre 715 et 1 136 nouvelles infections.

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Même dans l’hypothèse haute, le recul reste considérable par rapport à 2013, année pour laquelle le modèle estime entre 2 404 et 4 110 contaminations. Les auteurs concluent que l’épidémie marocaine s’est « nettement contractée ».

Cette évolution prolonge les progrès déjà observés au cours des années précédentes. Le Maroc avait notamment développé le dépistage, élargi l’accès aux traitements antirétroviraux et renforcé les actions de prévention auprès des personnes les plus exposées.

La baisse générale ne signifie cependant pas que le VIH circule désormais uniformément ou marginalement dans la population. L’étude met au contraire en évidence une concentration croissante des nouvelles infections dans certains réseaux.

Plus de 80 % des infections concentrées dans certaines populations

En 2025, les populations considérées comme les plus exposées représenteraient 80,2 % des nouvelles infections. Les réseaux d’hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes compteraient pour 42,3 % du total, contre 37 % pour les réseaux liés au travail du sexe hétérosexuel et 0,9 % pour les personnes qui s’injectent des drogues.

Les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes présentent également l’incidence estimée la plus élevée, avec 0,80 nouvelle infection pour 100 personnes suivies pendant un an. Cette concentration confirme une vulnérabilité déjà signalée au Maroc dans de précédentes enquêtes.

La situation varie fortement selon les régions. La part des nouvelles infections associées à ces réseaux masculins serait de 30,1 % à Marrakech-Safi, mais atteindrait 80,8 % à Fès-Meknès. Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra, Souss-Massa et Tanger-Tétouan-Al Hoceïma présentent également des dynamiques propres.

Les femmes représenteraient 37,4 % des nouvelles infections enregistrées par le modèle en 2025. Parmi elles, trois sur quatre auraient été contaminées par un conjoint porteur d’un VIH transmissible. Ce résultat montre que l’exposition ne se limite pas aux personnes directement identifiées comme appartenant aux populations les plus vulnérables.

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Les chercheurs ont également simulé l’effet de plusieurs stratégies de prévention. Atteindre les objectifs internationaux dits « 95-95-95 » — 95 % des personnes infectées connaissant leur statut, 95 % des personnes diagnostiquées sous traitement et 95 % des personnes traitées présentant une charge virale supprimée — pourrait réduire les nouvelles infections de 52,8 % supplémentaires.

Une hausse de 50 % de l’utilisation du préservatif permettrait d’éviter près de 39,8 % des contaminations. Le développement de la prophylaxie pré-exposition, ou PrEP, sous forme orale ou injectable, pourrait encore renforcer cette baisse, à condition d’atteindre une couverture suffisante et une bonne observance.

Les données de neuf grands centres de prise en charge sont plutôt encourageantes concernant les traitements. En moyenne, 91 % des patients étaient toujours suivis après deux ans, environ 84 % après trois ans et 83 % après quatre ans. Parmi les personnes dont la charge virale avait été contrôlée, le taux de suppression atteignait au moins 94,9 % dans plusieurs cohortes.

Le Maroc a donc presque divisé par quatre les nouvelles infections au VIH en douze ans. Pour les auteurs, préserver ce résultat nécessitera désormais des actions beaucoup plus ciblées, adaptées aux réalités de chaque région et capables d’atteindre les personnes qui restent éloignées du dépistage, du traitement et des moyens de prévention.