Au Maroc, six lacs se sont entièrement asséchés, et le manque de pluie n’est pas le seul coupable

- 16h00 - Maroc - Ecrit par : L.A

Six des huit lacs du Moyen Atlas étudiés par des scientifiques se sont entièrement asséchés entre 2017 et 2024. Mais le manque de pluie n’est pas le seul responsable. L’agriculture intensive et la surexploitation des nappes souterraines aggravent une crise qui menace également les poissons et les populations locales.

Des lacs entiers ont disparu du paysage du Moyen Atlas. Là où s’étendaient autrefois de vastes surfaces d’eau, les satellites montrent désormais des étendues asséchées. Une étude scientifique publiée dans le Journal of Arid Environments révèle que six des huit lacs marocains examinés ont connu un assèchement complet au cours de la période 2017-2024. Les deux derniers ont perdu une part considérable de leur superficie. Un phénomène que les chercheurs attribuent autant aux changements climatiques qu’à la pression croissante des activités humaines.

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L’étude, menée par une équipe de cinq chercheurs sous la direction de Yassine Baladia, a exploité les images du satellite européen Sentinel-2, complétées par des observations de terrain. Les résultats sont particulièrement frappants. Les lacs Dayet Ifrah, Hachlaf, Aoua, Afennourir, Afourgagh et Tamda ont tous connu un assèchement total. Aguelmam Azegza et Aguelmam Sidi Ali, qui conservaient encore de l’eau, avaient respectivement perdu 52 % et 34 % de leur surface en eau.

Ces chiffres concernent les observations effectuées jusqu’en 2024. Ils ne décrivent pas nécessairement l’état de remplissage de chaque lac en octobre 2026. Mais ils révèlent une dégradation profonde des ressources naturelles du Moyen Atlas, région souvent surnommée le « château d’eau du Maroc » en raison de ses nombreuses sources et de son rôle dans l’alimentation des bassins du Sebou et de l’Oum Er-Rbia.

Le cas du lac Tamda avait déjà suscité des inquiétudes. En août 2024, un député marocain alertait sur sa disparition progressive, soulignant les conséquences pour les habitants, le tourisme et l’agriculture. Il mettait en cause les années successives de sécheresse, mais également la multiplication des puits creusés dans les environs.

L’agriculture et le pompage des nappes aggravent la disparition des lacs

C’est précisément ce second facteur qui retient l’attention des scientifiques. Le réchauffement des températures, la diminution des précipitations et les vagues de chaleur augmentent l’évaporation. En parallèle, l’extension des surfaces agricoles irriguées accroît les prélèvements dans les nappes souterraines et les ressources de surface. Les réserves qui alimentent naturellement les lacs s’épuisent alors plus rapidement.

Interrogée par Al Jazeera le 14 octobre, Leïla Mandi, spécialiste des sciences de l’eau et membre de l’Académie africaine des sciences, souligne que ces différents phénomènes se renforcent mutuellement. Lorsque plusieurs années de sécheresse se succèdent, le pompage intensif des eaux souterraines peut empêcher les lacs de retrouver leur niveau habituel, même après le retour des précipitations.

Les conséquences dépassent la disparition des paysages. Les chercheurs ont constaté des extinctions locales de populations de poissons dans les lacs asséchés. Les habitats des oiseaux et des autres espèces aquatiques se dégradent également. La pêche, le tourisme et les activités agricoles qui dépendaient de ces zones humides subissent à leur tour les effets du manque d’eau.

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Le risque est de voir des épisodes d’assèchement autrefois saisonniers se transformer en dégradations durables des écosystèmes. Pour Leïla Mandi, il faut désormais surveiller simultanément les précipitations, les niveaux des nappes phréatiques, les surfaces en eau et la biodiversité. La spécialiste insiste sur la nécessité de réglementer les prélèvements et de protéger les sources qui alimentent naturellement les zones humides.

L’enjeu concerne aussi les agriculteurs et les habitants des régions montagneuses. La chercheuse appelle à restaurer les sites dégradés, réduire le gaspillage et associer les populations locales à leur protection. Dans le Moyen Atlas, la préservation de ces lacs dépend donc autant des prochaines pluies que des quantités d’eau prélevées dans les terres environnantes.