Maroc-UE : les Européens prennent le jackpot, les Marocains les miettes

- 06h00 - Maroc - Ecrit par : Mohamed A.

Les entreprises marocaines pourraient rester officiellement admises aux projets financés par l’Union européenne après 2028, tout en étant reléguées aux tâches secondaires. Les contrats principaux, les technologies et l’essentiel de la valeur pourraient revenir à des groupes établis en Europe.

Le futur Instrument pour l’Europe dans le monde doit permettre aux sociétés marocaines de répondre aux appels d’offres, subventions et prix financés par l’Union européenne. Le Maroc appartient au voisinage méridional, dont les opérateurs restent en principe admissibles.

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Cette ouverture pourrait toutefois être vidée d’une partie de sa portée. Bruxelles prévoit de pouvoir limiter l’accès à certains marchés lorsqu’elle invoque la sécurité, ses dépendances stratégiques ou la protection des intérêts de l’Union.

Dans ces situations, une entreprise européenne pourrait décrocher le contrat principal d’un projet réalisé au Maroc, puis confier une partie de son exécution à des sociétés marocaines. Celles-ci participeraient aux travaux, mais sans contrôler le financement, les choix techniques ni les technologies utilisées.

Les contrats en Europe, les tâches au Maroc

Le risque est particulièrement important dans les secteurs jugés stratégiques, comme les infrastructures numériques, les matières premières critiques, les équipements technologiques ou les investissements climatiques.

Le projet européen permet également, dans certains cas, d’accorder directement une subvention à une entreprise privée établie dans l’UE, sans appel ouvert à la concurrence. Une société marocaine ne pourrait alors pas présenter une offre pour obtenir le contrat principal.

Cette évolution est analysée dans le rapport « Tied aid and strategic procurement » publié par le Parlement européen, à la demande de sa commission du développement.

Ses auteurs craignent que la préférence européenne ne transforme les entreprises locales en simples sous-traitants. Les groupes européens conserveraient les contrats les plus rentables, tandis que les opérateurs marocains prendraient en charge une partie de l’exécution avec des marges et un pouvoir de décision plus faibles.

Le Maroc pourrait aussi rester dépendant du titulaire européen après la livraison du projet. La maintenance, les mises à jour, les pièces de rechange et l’accès aux technologies pourraient continuer à être facturés par le fournisseur d’origine.

Cette organisation limiterait les transferts de compétences et empêcherait les entreprises marocaines de monter en gamme. Une partie des emplois qualifiés, des revenus et de la propriété technologique générés par les financements européens resterait ainsi en Europe.

Le rapport recommande donc de garantir une véritable participation des fournisseurs locaux, au-delà de la simple sous-traitance. Il demande notamment des transferts de technologies, un partage des connaissances et une place assurée aux entreprises du pays bénéficiaire.

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L’étude ne représente pas la position officielle du Parlement européen. Elle avertit néanmoins que le Maroc pourrait accueillir et exécuter des projets financés par Bruxelles sans que ses propres entreprises en soient les principales bénéficiaires.