Maroc-UE : Bruxelles finance, les Européens raflent les contrats

- 23h00 - Maroc - Ecrit par : L.A

Des projets financés par l’Union européenne au Maroc pourraient être réservés, en partie ou en totalité, à des fournisseurs établis en Europe. Les entreprises marocaines resteraient officiellement admissibles, mais Bruxelles disposerait de plusieurs mécanismes pour privilégier ses propres opérateurs.

Routes, équipements numériques, infrastructures climatiques ou prestations de conseil : les entreprises marocaines devraient pouvoir continuer à répondre aux appels d’offres financés par l’Union européenne après 2028.

Sur Bladi.net : Europe : le piège qui peut écarter les entreprises marocaines

Le projet d’Instrument pour l’Europe dans le monde, qui doit encadrer les financements extérieurs de l’UE entre 2028 et 2034, maintient en principe l’accès des sociétés établies dans les pays du voisinage méridional. Le Maroc entre directement dans cette catégorie.

Une entreprise marocaine pourrait donc concourir à un marché de travaux, de fournitures ou de services financé par Bruxelles. Mais cette ouverture générale serait accompagnée d’exceptions susceptibles de réduire fortement la place des opérateurs locaux.

Des marchés au Maroc réservés à l’Europe

L’article 20 du projet permet à la Commission européenne de restreindre l’accès à certains contrats pour protéger la sécurité, les intérêts stratégiques ou les chaînes d’approvisionnement de l’Union.

Dans la pratique, un projet réalisé au Maroc pourrait ainsi être financé par l’UE, tout en réservant certains équipements, technologies ou prestations à des entreprises européennes. Les sociétés marocaines pourraient être exclues de la procédure ou cantonnées à des travaux de sous-traitance.

Le texte ne précise pas clairement si ces restrictions concerneraient un seul appel d’offres, plusieurs contrats liés au même projet ou l’ensemble d’un programme de financement.

Ce risque est relevé par le rapport « Tied aid and strategic procurement » publié par le Parlement européen, à la demande de la commission du développement. Ses auteurs redoutent que l’ouverture annoncée aux fournisseurs locaux reste surtout théorique lorsque Bruxelles invoque ses priorités économiques et industrielles.

L’article 23 va plus loin en autorisant, dans certains cas, l’octroi direct de subventions à des entreprises privées établies dans l’Union européenne. Aucun appel ouvert ne serait alors nécessaire pour permettre aux sociétés marocaines de présenter une offre concurrente.

Cette procédure pourrait notamment concerner des investissements dans les matières premières critiques, les infrastructures numériques, les technologies stratégiques ou la résistance climatique.

Le financement d’un projet au Maroc ne garantirait donc pas que le contrat principal revienne à une entreprise marocaine. Une société européenne pourrait être choisie directement, puis faire intervenir des opérateurs locaux pour des missions secondaires.

Une telle organisation réduirait les retombées économiques pour le Maroc. Une partie des revenus, des emplois qualifiés et des compétences techniques liés au projet resterait en Europe, tandis que les entreprises marocaines pourraient dépendre du titulaire étranger pour accéder aux technologies ou aux pièces de rechange.

Le rapport avertit également que la restriction de la concurrence peut augmenter le coût des projets. Les estimations de l’OCDE qu’il reprend situent entre 15 et 30 % le surcoût potentiel des biens et services lorsque l’aide est liée aux fournisseurs du pays donateur.