Les MRE n’ont pas besoin d’une procuration plus moderne, ils ont besoin d’urnes

- 11h00 - Maroc - Ecrit par : Said A.

Ils envoient chaque année des milliards de dirhams au Maroc, remplissent avions, ferries et statistiques touristiques et sont courtisés par les banques et les promoteurs immobiliers. Mais lorsqu’il s’agit de voter, les Marocains de l’étranger doivent encore trouver quelqu’un au Maroc pour le faire à leur place.

L’annonce aurait presque pu passer pour une avancée. À partir du 24 août, les Marocains résidant à l’étranger pourront établir leur procuration électorale par voie électronique, selon la procédure présentée le 6 août par l’ambassade du Maroc à Pékin. Plus besoin de se déplacer pour remplir le formulaire : quelques informations personnelles, celles du mandataire au Maroc, une vérification, puis la procuration pourra être téléchargée et transmise.

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Le formulaire entre donc dans l’ère numérique. Le droit de vote des MRE, beaucoup moins.

Car derrière cette simplification administrative, rien ne change sur le fond. Un Marocain installé à Amsterdam, Bruxelles, Madrid ou Paris ne pourra toujours pas se rendre dans son consulat, présenter sa pièce d’identité, entrer dans un isoloir et glisser lui-même son bulletin dans l’urne. Il devra désigner une autre personne, inscrite sur une liste électorale au Maroc, qui votera à sa place.

Une situation d’autant plus difficile à défendre que le poids des MRE dans l’économie marocaine est considérable. Selon l’Office des Changes, leurs transferts ont atteint 122 milliards de dirhams en 2025, après 118 milliards un an plus tôt. Et la tendance se poursuit : à fin mai 2026, ils avaient déjà envoyé 50,2 milliards de dirhams.

Lorsqu’ils reviennent au pays, leur poids devient également très visible dans les chiffres de fréquentation. Plus de 4,06 millions de MRE ont franchi les frontières marocaines pendant la seule opération Marhaba 2025. Dans le même temps, le Maroc célébrait un record de 19,8 millions d’arrivées touristiques sur l’ensemble de l’année.

Tout au long de l’année, cette diaspora fait l’objet d’une attention commerciale particulière. Banques, crédits immobiliers, logements, investissements, comptes en devises, produits spécialement conçus pour les Marocains du monde : lorsqu’il s’agit de faire entrer de l’argent, la distance n’est manifestement pas un obstacle insurmontable.

Mais pour installer une urne dans un consulat, elle le devient.

Chez les voisins, les électeurs votent eux-mêmes

L’argument de la difficulté logistique convainc d’autant moins que d’autres pays de la région y arrivent.

Lors de l’élection présidentielle algérienne de septembre 2024, 865 490 électeurs établis à l’étranger étaient inscrits. L’Algérie avait organisé leur participation à travers 117 bureaux de vote répartis dans ses représentations consulaires. Le scrutin de la diaspora avait même débuté plusieurs jours avant celui organisé sur le territoire national afin de tenir compte des contraintes particulières de l’étranger.

La Tunisie fait de même. Lors de la présidentielle d’octobre 2024, 642 810 électeurs étaient inscrits à l’étranger. Des centres et bureaux de vote leur étaient ouverts hors du pays et l’autorité électorale tunisienne avait même autorisé les électeurs de la diaspora à voter dans le centre le plus proche, sur présentation de leur carte d’identité ou de leur passeport.

Il ne s’agit donc ni d’une impossibilité technique ni d’une idée irréaliste.

Au Maroc, l’article 72 de la loi organique relative à la Chambre des représentants maintient pourtant les MRE dans le système de la procuration. La nouvelle plateforme ne remet pas ce principe en cause : elle se contente de rendre électronique une procédure qui existait déjà.

C’est précisément là que se trouve le problème. Transformer un formulaire papier en formulaire numérique peut faciliter une démarche. Cela ne transforme pas un vote par procuration en vote direct.

Voter, ce n’est pas seulement choisir quelqu’un en qui l’on a confiance et lui demander de déposer un bulletin à plusieurs centaines ou milliers de kilomètres. C’est pouvoir exercer soi-même un droit politique, dans un bureau de vote, avec le secret et les garanties qui accompagnent normalement un scrutin.

Les Marocains du monde sont considérés comme suffisamment proches du Maroc lorsqu’ils transfèrent 122 milliards de dirhams, achètent un appartement, contractent un crédit ou passent leurs vacances au pays. Ils ne devraient pas devenir soudainement trop éloignés lorsqu’arrive le jour des élections.

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Une plateforme de procuration peut être pratique. Elle ne peut pas tenir lieu de politique de participation électorale de plusieurs millions de citoyens.

En 2026, la question devrait être beaucoup plus simple : soit le Maroc veut réellement faire participer ses citoyens établis à l’étranger et organise des bureaux de vote dans ses consulats et ambassades, soit il faut cesser de présenter la modernisation d’une procuration comme une réponse suffisante au problème.

Les MRE n’ont pas besoin d’une procuration plus moderne. Ils ont besoin d’urnes.