Les MRE envoient des milliards, le Maroc se bat pour qu’ils ne restent pas en Europe
Les MRE n’ont jamais autant alimenté l’économie marocaine. Leurs transferts continuent même d’accélérer en 2026. Mais cette puissance crée aussi une vulnérabilité : une grande partie de cet argent vient d’Europe, où de nouvelles règles bancaires obligent désormais Rabat à négocier pour préserver ces flux.
En 2025, les Marocains résidant à l’étranger ont envoyé 122 milliards de dirhams au Maroc, selon Bank Al-Maghrib. Un montant en hausse de 2,6 % et devenu l’un des grands piliers des équilibres extérieurs du Royaume, aux côtés du tourisme.
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La tendance s’accélère cette année. À fin juin 2026, les transferts des MRE atteignent 61,48 milliards de dirhams, contre 55,95 milliards un an auparavant, soit une progression de 9,9 %, selon les derniers chiffres de l’Office des Changes. En seulement six mois, les Marocains du monde ont donc envoyé 5,5 milliards de dirhams supplémentaires.
Cette croissance rend toutefois le Maroc encore plus attentif à ce qui se décide en Europe. Une part importante de la diaspora y réside et les banques marocaines y jouent depuis des années un rôle de relais pour diriger l’épargne des MRE vers leurs comptes au Royaume. Le poids de cette clientèle dépasse d’ailleurs les seuls virements : Abdellatif Jouahri avait indiqué que les MRE représentaient environ 20 % des dépôts bancaires au Maroc.
Une force devenue une vulnérabilité
Le problème est apparu avec la directive européenne 2024/1619, qui renforce et harmonise les conditions imposées aux établissements bancaires de pays tiers opérant dans l’Union européenne. Le texte, consultable sur EUR-Lex, ne vise pas spécifiquement le Maroc ni les transferts des MRE, mais ses nouvelles contraintes peuvent compliquer l’activité des banques marocaines auprès de leur clientèle installée en Europe.
L’enjeu a été résumé sans détour par le gouverneur de Bank Al-Maghrib : « Ce que nous essayons de contrecarrer, c’est que les flux financiers restent en Europe ». L’objectif marocain est que l’argent continue à être transféré vers des comptes au Royaume, où il alimente ensuite l’épargne et l’investissement.
Rabat a donc dû ouvrir un chantier inhabituel : négocier avec les pays européens concernés. Une solution a déjà été trouvée avec la France pour préserver l’activité d’intermédiation des banques marocaines. Les discussions se poursuivent avec les Pays-Bas et doivent également concerner d’autres pays accueillant d’importantes communautés marocaines.
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Le paradoxe devient ainsi de plus en plus visible. Plus les MRE transfèrent d’argent, plus ils renforcent les équilibres financiers du Maroc. Mais plus ces montants augmentent, plus toute modification des conditions bancaires dans leurs principaux pays de résidence devient stratégique pour le Royaume. Avec 122 milliards de dirhams reçus en 2025 et une nouvelle hausse de près de 10 % au premier semestre 2026, ce qui se décide dans les banques européennes n’est plus seulement une affaire de MRE : c’est devenu un enjeu économique national.