Les parents vieillissent au Maroc, mais leurs enfants vivent en Europe : qui va s’occuper d’eux ?

- 15h00 - Maroc - Ecrit par : Betty de G.

Une mère veuve et retraitée vit seule à Casablanca pendant que ses enfants poursuivent leur vie à l’étranger. Entre les appels vidéo, les inquiétudes pour la santé des parents et les sacrifices de ceux qui restent, une enquête du HCP éclaire les difficultés de ces familles séparées par les frontières.

À Casablanca, une mère retraitée passe une grande partie de ses journées chez elle, entre la télévision et la cuisine. Son mari est décédé et tous ses enfants vivent à l’étranger pour leurs études ou leur travail. En juillet 2024, l’un d’eux a raconté sur Reddit leur inquiétude face à son isolement grandissant. La famille essaie de l’appeler en vidéo chaque jour. Il cherche désormais des activités et des occasions de rencontre pour sa mère, sans pouvoir lui-même l’accompagner.

Sur Bladi.net : Ses enfants vivent à l’étranger, ses amis sont morts : la solitude d’un homme âgé au Maroc

Ce récit rejoint une préoccupation mesurée par le Haut-Commissariat au Plan. Dans son Enquête nationale sur la famille 2025, publiée en avril 2026, 75,7 % des personnes âgées de 60 à 75 ans jugent importante ou très importante la proximité résidentielle de leurs enfants. Parmi cette même tranche d’âge, 23,2 % déclarent ressentir de la solitude, dont 9,8 % de manière permanente.

La question devient plus concrète lorsque les parents commencent à perdre leur autonomie. Selon le HCP, 36,5 % des seniors vivant seuls ne bénéficient d’aucune aide pour les tâches domestiques. Les filles occupent une place particulière dans l’assistance aux femmes âgées : elles représentent 36,6 % des sources d’aide identifiées, contre 17 % pour les fils. L’éloignement peut ainsi reporter davantage de responsabilités sur les proches restés au Maroc.

Partir en Europe ou rester auprès de ses parents ?

En septembre 2026, un autre Marocain a décrit sur Reddit les conséquences de ce choix. Âgé de plus de 30 ans, il explique avoir renoncé à plusieurs possibilités professionnelles à l’étranger. Son frère aîné était déjà parti et son père, âgé, rencontrait des problèmes de santé.

Dans son enfance, son père plaisantait sur l’impossibilité de laisser partir le dernier homme de la famille. Cette remarque a durablement pesé sur ses décisions. Aujourd’hui, l’auteur raconte que ses amis ont quitté le Maroc et qu’il se sent parfois considéré comme moins accompli que son frère installé à l’étranger. Il commence à regretter les occasions professionnelles auxquelles il a renoncé.

Ces deux situations montrent les difficultés opposées auxquelles peuvent se heurter les enfants : ceux qui partent doivent organiser leur soutien à distance, tandis que ceux qui restent peuvent assumer seuls une présence quotidienne. Lorsque personne ne vit à proximité, les solutions passent par d’autres membres de la famille, le voisinage ou une aide rémunérée, avec la question de son financement et de sa disponibilité.

Sur Bladi.net : Le Maroc pour vieillir, les Pays-Bas pour ses enfants : le dilemme d’une Marocaine de 51 ans

L’enquête du HCP mesure aussi la progression des besoins : 16,9 % des personnes âgées de 60 à 75 ans déclarent être en situation de dépendance physique. Cette proportion atteint 25 % parmi les 70–75 ans. Dans ces situations, l’aide ne se limite plus aux appels téléphoniques ou aux transferts d’argent : elle suppose également une présence pour les gestes quotidiens et les soins.