Aux Pays-Bas, le “Marocain d’autrefois” est en train de disparaître
Dans un garage néerlandais, l’écrivain Abdelkader Benali mesure le chemin parcouru depuis son enfance dans la boucherie familiale de Rotterdam. Les Marocains qu’il observe aujourd’hui travaillent, étudient, organisent l’avenir de leurs enfants et ne restent plus dans l’attente.
L’histoire commence par un contrôle technique. Pendant que sa voiture passe son examen annuel, Abdelkader Benali attend dans le bureau d’un garagiste marocain. Le mécanicien lui sert un café. Un jeune stagiaire aux yeux bleus et portant une boucle d’oreille entre dans la pièce. Près d’un pneu, un tapis de prière soigneusement plié ramène soudain l’écrivain quarante ans en arrière, raconte-t-il dans De Kanttekening.
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Dans les années 1980, Benali avait 12 ou 13 ans et gardait parfois la boucherie de son père à Rotterdam. Le lundi soir, il attendait son retour sans savoir à quelle heure il arriverait. Son père était parti dans le Brabant chercher de la viande de chèvre auprès d’un abattoir dont il connaissait seulement l’adresse.
Depuis le petit bureau dominant la boutique, l’adolescent regardait les heures passer. Pour l’écrivain, cette attente résume une partie de l’existence des premiers Marocains installés aux Pays-Bas : ils travaillaient, avançaient avec peu de certitudes et ignoraient souvent ce que leur réservait le lendemain. Cette période a également produit des familles longtemps séparées entre les Pays-Bas et le Maroc.
Le garage lui renvoie la même odeur d’huile et de caoutchouc, le même petit escalier et presque le même bureau. Mais les Marocains qui occupent aujourd’hui cet espace ne sont plus ceux de son enfance. Benali estime qu’une nouvelle phase a commencé : « le Marocain d’aujourd’hui n’attend plus ». Il bouge, parle, se défend et connaît davantage la direction qu’il veut prendre.
Deux parents au travail, des enfants à l’université
L’écrivain observe cette transformation lorsqu’il accompagne ses enfants à l’athlétisme. Sur le terrain, des dizaines d’enfants d’origine marocaine courent et jouent ensemble. Leurs parents attendent sur le côté, discutent puis les ramènent chez eux. Certains adultes étaient eux-mêmes de bons coureurs dans leur jeunesse.
Dans ces familles, les deux parents travaillent souvent. Les enfants enchaînent l’école, le sport, la natation, le théâtre, les cours de soutien ou l’apprentissage du marocain. Un père rencontré au bord de la piste raconte à Benali qu’il est parti naviguer en Frise et qu’il apprécie cette nouvelle activité.
Ce quotidien tranche avec l’image figée du travailleur immigré arrivé pour quelques années avant un hypothétique retour au Maroc. Les nouvelles générations étudient, construisent leur carrière aux Pays-Bas et développent des appartenances qui ne les obligent plus à choisir entre leur pays de naissance et celui de leurs parents.
Benali ne gomme pas les difficultés. Avec le garagiste, il évoque aussi les départs de Marocains vers Sebta, le fossé entre riches et pauvres au Maroc et la faible participation aux élections. Le mécanicien lui parle de sa famille installée dans une petite ville espagnole où la communauté marocaine a fini par ouvrir deux mosquées.
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La visite se termine par un dernier détail. Benali avait trouvé ce garage grâce à un ami marocain dont le fils étudie l’aménagement du territoire à l’université. Entre mécaniciens, écrivains, étudiants, sportifs et parents, il voit désormais un vaste réseau de relations informelles dans lequel les Marocains des Pays-Bas se recommandent une adresse, échangent un service et se retrouvent presque naturellement.