Pourquoi il n’y a pas de pont entre l’Espagne et le Maroc (et pourquoi le tunnel est si compliqué)
Quatorze kilomètres séparent l’Espagne du Maroc au point le plus étroit du détroit de Gibraltar. Une distance si réduite qu’elle alimente depuis longtemps le rêve d’une liaison terrestre fixe entre l’Europe et l’Afrique. Pourtant, si un projet de tunnel sous-marin est à l’étude, aucune tentative de construction d’un pont n’a jamais été lancée, en raison d’obstacles techniques et géographiques jugés insurmontables.
Selon l’Institut d’ingénierie d’Espagne (IIES), plusieurs facteurs rendent le projet de pont utopique. Le premier est la profondeur du détroit, qui atteint 900 mètres, rappelle La Razòn. S’ajoutent à cela de très forts courants marins dus à la rencontre entre l’Atlantique et la Méditerranée. Ces conditions extrêmes rendraient la structure instable et nécessiteraient des piliers espacés de « plus de quatorze kilomètres, quelque chose d’impossible avec la technologie actuelle », selon l’IIES.
Séismes, vents violents et trafic maritime
Un autre obstacle majeur est l’activité sismique de la zone. Le détroit est situé à la rencontre des plaques tectoniques africaine et eurasienne, ce qui le rend sujet à de fréquents tremblements de terre. De plus, les vents violents et le trafic maritime intense de la zone compliquent l’équation. Un pont devrait être suffisamment haut pour laisser passer les plus grands navires du monde et ses fondations assez solides pour résister à d’éventuelles collisions, faisant grimper les coûts de construction à des « montants astronomiques ».
Face à l’impossibilité technique du pont, les deux pays ont officiellement réactivé en avril 2023 le projet de tunnel sous-marin. Imaginé il y a plus de 30 ans, ce projet exclusivement ferroviaire ferait 60 kilomètres de long, dont 28 sous la mer. Cependant, il fait face aux mêmes défis géologiques (séismes, courants) et son coût est estimé entre 15 et 30 milliards d’euros. S’il voit le jour, il ne serait pas opérationnel avant 2040 au plus tôt.