Tunnel Maroc – Espagne : le feu vert technique est là, le chantier sera pharaonique
C’est une avancée décisive pour ce vieux rêve d’ingénieurs. Une étude allemande confirme la faisabilité technique d’une liaison ferroviaire sous le détroit de Gibraltar, entre le Maroc et l’Espagne. Si les tunneliers peuvent désormais percer la roche, la facture s’annonce salée et l’horizon de mise en service lointain.
Le verdict est tombé : relier l’Espagne et le Maroc par le fond des mers est techniquement réalisable. L’étude de faisabilité, menée par le géant allemand Herrenknecht pour le compte de la Secegsa, assure que l’ingénierie actuelle permet de relever ce défi colossal, explique Europa Press. Les tunneliers sont désormais capables de franchir le redoutable « seuil de Camarinal », une zone géologique instable composée de flyschs, qui constituait jusqu’ici l’obstacle majeur du tracé. Cette validation technique marque un tournant pour un projet relancé en 2023 après des décennies d’hésitations.
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La concrétisation de cet ouvrage reste toutefois un défi temporel et financier. Le rapport estime l’investissement à plus de 8,5 milliards d’euros pour la seule partie espagnole. Les délais annoncés repoussent l’inauguration bien au-delà des échéances sportives immédiates : si les premiers mouvements de terrain pourraient coïncider avec la Coupe du monde 2030, les jalons les plus réalistes pour l’achèvement du projet se situent entre 2035 et 2040. Rien que la première phase, consistant en un tunnel exploratoire, nécessitera entre six et neuf ans de travaux.
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Sur le plan de la conception, le plan prévoit une infrastructure hors normes. Le tunnel plongerait jusqu’à 475 mètres de profondeur pour relier les deux continents en 30 minutes. Le tracé sous-marin s’étirerait sur environ 65 kilomètres, dont près de 40 en territoire espagnol, avec un terminal prévu à Vejer de la Frontera. L’ouvrage comprendrait deux tubes à voie unique pour les passagers et le fret, doublés d’une galerie de service.
En attendant le premier coup de pioche, la bureaucratie s’active pour verrouiller les détails. L’entreprise publique Ineco a été mandatée pour livrer d’ici août 2026 une mise à jour complète de l’avant-projet, intégrant les nouvelles données géologiques et sécuritaires. Pour les experts de l’Ordre des ingénieurs des ponts, canaux et ports de Madrid, l’enjeu dépasse la simple prouesse technique : « Il s’agit d’un projet unique, capable de transformer l’histoire de la mobilité entre l’Europe et l’Afrique et de générer un impact économique et social sans précédent dans la région ».