Le cirque redonne des ailes aux piafs

- 01h35 - Maroc - Ecrit par : L.A

Hier, ils se battaient. Ils en portent les cica­trices. Ils s’échauffent aujourd’hui, juste avant de se donner en spectacle. Dans la rue, certains sniffaient la colle pour fuir la faim, la vie au ras du trottoir. Désormais, on les voit marcher sur un fil, plusieurs mètres au-dessus du sol.

Pendant un an, en 2006, le cirque Shems’y a sillonné le Maroc avec son spectacle Bartal. Au jonglage, à la bascule, en haut des échasses ou aux aériennes, une vingtaine de ­jeunes des rues de Rabat passés par une école de ­cirque réservée aux enfants en difficulté, montée il y a huit ans par l’Association maro­caine d’aide aux enfants en situation précaire (Amesip) et l’académie Fratellini.

On dit bartal pour dire moineau, petit piaf. Et Bartal, c’est l’histoire d’un enfant fasciné par l’idée de grandir. Et qui s’épuise et s’isole, à vouloir devenir grand par la force ou par l’argent. Jusqu’au jour où un djinn, esprit tour à tour bienveillant et maléfique, ­trace des signes dans le sable que Bartal ne comprend pas. C’est pourtant son nom. Il grandira le jour où il accédera à la connaissance. Ce conte, écrit par Laurent Gachet, directeur de l’académie Fratellini, et traduit en arabe dialectal, c’est l’histoire des enfants perdus de Rabat.

Grimés

Salé, la ville industrielle et laborieuse, n’est séparée de Rabat l’administrative que par le fleuve Bouregreg. En longeant la piste vers Sidi Moussa, son quartier le plus pauvre où vivent 8 000 familles, on voit le chapiteau bleu dépasser des murs des murs ocre de la casbah des Gnaouas. Des enfants de 5 à 7 ans sont grimés et déguisés. Des adolescents chantent l’hymne national. Ils font trois heures de cirque par jour, puis cours d’arabe, de français… Cette école informelle ramène chaque année des dizaines d’enfants dans l’enseignement public. La plupart des jeunes errants de Rabat venait de Sidi Moussa. L’Amesip a retrouvé leur famille. « Le travail de réinsertion doit se faire avec ­elles, explique Touraya Bouabid, la présidente de l’asso­ciation. Elles sont souvent seules, ­rejetées car leur enfant est né hors mariage ou abandonnées par le père, au chômage, qui pense ne plus pouvoir tenir son rôle de chef de famille. » Beaucoup n’ont pas déclaré leur enfant à l’état civil. Le service juridique de l’association y remédie, des pédopsychiatres les suivent, un centre de désintoxication est monté.

Music-hall

Ils sont venus de la rue avec des maladies de peau, des infections, une respiration coupée. A l’école du cirque, ils se sont remusclés. Ont réappris à manger, à respirer . « Ces enfants n’avaient aucune notion de sécurité, témoigne Touraya Bouabid. Sous un chapiteau, vous ne pouvez rien faire sans cela. Quand ils parviennent à marcher sur un fil, c’est qu’ils trouvent leur équilibre. Jongler, c’est la concentration qui revient. Grimper à une ­corde qu’un autre vous tient, c’est faire confiance à nouveau. »

En tout, 1 200 enfants sont passés par le centre. Une poignée a fait du cirque son métier : dix-sept viennent d’être recrutés par le Français Claude Thomas pour monter le premier music-hall marocain qui devrait ouvrir en décembre, à Marrakech. Les autres, rescolarisés ou apprentis chez des artisans, reviennent chaque semaine s’entraîner. Sous le chapiteau, on prépare le prochain spectacle, pour 2008. Et dans les rues de Rabat, le nombre d’enfants des rues venus des quartiers pauvres des alentours a régressé. D’autres sont venus, de Fès ou de Meknès. Dans la casbah des Gnaouas, on lève souvent la tête vers le chapiteau, à observer la peinture qui pâlit. « Il faut sans cesse se battre ­contre l’érosion et le soleil. »

Libération.fr - Sonya Faure

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