Le ramadan, un marathon pour les Marocaines

- 00h27 - Maroc - Ecrit par : L.A

Etre performante au travail, s’occuper des enfants, préparer de quoi nourrir sa petite famille… Ce n’est pas facile en temps normal. Ça l’est encore moins le ventre vide. Cependant, les femmes qui observent le ramadan se débrouillent, tant bien que mal. Explications de Nezha Alaoui, présidente de l’Union de l’action féminine, une association marocaine.

Alors que la fin du ramadan approche, la fatigue des jeûneurs se fait sentir. Surtout chez les femmes qui, en plus de leurs obligations professionnelles et familiales, doivent assurer la préparation des plats de la rupture. Une préparation qui tourne au casse-tête pour les mères célibataires, notamment, qui peinent parfois à faire bouillir la marmite.

Nezha Alaoui est avocate et présidente de l’association marocaine Union de l’action féminine. Elle revient sur les stratégies qu’adoptent les femmes pour jongler avec leurs différentes casquettes.

Tout d’abord, comment les femmes se débrouillent-elles pour que leurs plats soient bons alors qu’elles ne peuvent pas les goûter ?

Elles sont habituées à faire ce genre de plats. Elles savent approximativement comment saler ou sucrer. Et puis, au moment de la rupture, il y a toujours ce qu’il faut à côté pour ajouter si besoin.

Comment gérez-vous votre travail et la préparation de la rupture du jeûne ?

Je peux vous dire que c’est très difficile. Le tribunal est ouvert de 9h à 15h, mais je sors de mon bureau vers 16h-16h30. Comme la rupture est vers 18h30 j’ai juste un peu de temps pour me reposer et retourner à la maison. Mais je suis gâtée car j’ai une femme à la maison qui m’aide. Elle fait la soupe et moi le plat principal. D’habitude je ne cuisine jamais, mais pour le ramadan, je tiens à le faire. Et comme nous mangeons le plat principal vers 11h du soir, ça me laisse un peu de temps pour le préparer.

Comment se débouillent les femmes qui n’ont pas d’aide ?

Pour les autres femmes, c’est vraiment très difficile. En général, elles font la soupe pour deux jours. Pour le plat principal, elles font une mi-préparation le matin, elles partent au travail et terminent la préparation en rentrant. Pendant le ramadan, des employés finissent à 15h, cela laisse aux femmes 3h30 pour cuisiner si elles n’ont pas beaucoup de trajet. Certaines font la soupe en rentrant et, après deux heures de repos, font le plat principal.

Qu’en est-il des mères célibataires ?

C’est difficile au point de vue matériel, pour subvenir aux besoins des enfants sans aide matérielle. C’est d’autant plus dur avec la flambée des prix. Si cette mère travaille mais a un salaire dérisoire, je ne sais pas comment elle peut s’en sortir… Moi j’ai mon mari et mes enfants qui peuvent m’aider, mais une mère célibataire peine à acheter de quoi préparer le repas.

Comment se débrouillent les femmes au foyer pour gérer la hausse des prix ? Leur mari leur donne-t-il plus d’argent ?

Si le salaire du mari est limité, la femme ne pourra pas s’approvisionner correctement. Il y a des familles qui prennent des crédits pour le mois de ramadan et l’Aïd (la fête célébrant la fin du jeûne, ndlr). Ou elles envisagent de faire un ramadan ou les plats seront plus sobres.

De quelle aide les femmes en difficulté bénéficient-elles ?

Cela dit, au Maroc, on vit généralement avec l’aide familiale. La famille aide les femmes et les voisins peuvent le faire aussi. Il existe aussi des fondations du roi et des associations qui organisent des repas de rupture du jeûne pour les gens démunis. Mais ce n’est pas tout le monde qui peut y aller. Je crois que c’est un problème de dignité pour eux.

Au final, diriez-vous que le ramadan est plus difficile pour les femmes ou les hommes ?

Il est plus dur pour les femmes parce qu’elles ont plus de responsabilités. Les femmes de notre société ont fait le choix de travailler hors de la maison, mais elles doivent aussi s’occuper des tâches traditionnelles. Les hommes n’ont pas compris qu’il faut partager les tâches. Ils disent que les enfants et la cuisine sont notre royaume et que nous devons assumer si nous avons fait le choix de travailler à l’extérieur. Et ce, même s’ils bénéficient du salaire de la femme.

Afrik.com - Habibou Bangré

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