Il ne lui reste que 4 % de vision, mais ce danseur marocain continue de briller aux Pays-Bas

- 13h00 - Monde - Ecrit par : Farid Laamoudi

Il ne lui reste que 4 % de vision, mais Issam Zemmouri continue de danser sur les scènes néerlandaises. Né au Maroc, ce chorégraphe de 32 ans attire les éloges de la presse avec ses spectacles. Ce samedi, il présente sa dernière création à Amsterdam.

Pour revoir le visage de sa mère restée au Maroc, Issam Zemmouri doit agrandir ses photos sur son téléphone. Le danseur, né en 1994, perd progressivement la vue à cause d’une maladie oculaire héréditaire. Aujourd’hui, il ne conserve qu’environ 4 % de ses capacités visuelles. Une réalité qui n’a pas interrompu sa carrière artistique aux Pays-Bas. Au contraire, elle est devenue la matière de ses créations.

Sur Bladi.net : Zouhair Mtazi, le visage marocain du cinéma néerlandais

Le quotidien néerlandais NRC lui a consacré un long entretien en septembre 2025. Issam Zemmouri y raconte comment sa vision s’est progressivement dégradée. Pendant trois ans, il a consulté des spécialistes aux Pays-Bas, en Belgique et en Allemagne, dans l’espoir de trouver un traitement. Sans résultat. Il lui a fallu réapprendre certains gestes du quotidien et composer avec un environnement qu’il distingue de moins en moins.

« Les gens doivent apprendre à regarder avec leurs doigts. C’est ce que j’ai dû faire », explique-t-il au journal. Le chorégraphe raconte notamment qu’il peut se déplacer avec aisance dans des lieux familiers, mais qu’un simple changement de quai à la gare suffit à le mettre en difficulté.

Sa passion pour la danse, elle, remonte à bien avant cette période. Installé aux Pays-Bas, il a rejoint l’équipe artistique du ZID Theater d’Amsterdam, avec laquelle il travaille depuis plusieurs années. En 2021, son premier spectacle solo, Historia, est présenté à l’Amsterdam Fringe Festival avant d’être joué aux Pays-Bas et à l’étranger. Il développe progressivement une écriture chorégraphique personnelle, qu’il appelle « body poetry », ou poésie du corps.

Un danseur marocain salué par la presse néerlandaise

En février 2026, Issam Zemmouri franchit une nouvelle étape en participant à HubClub’26, une production de la compagnie Introdans et du Holland Dance Festival réunissant des interprètes aux parcours très différents. Sa prestation ne passe pas inaperçue.

Le quotidien De Volkskrant, qui attribue quatre étoiles au spectacle, salue chez ce danseur ne conservant que 4 % de vision « une précision du toucher enviable ». La revue spécialisée Theaterkrant souligne, de son côté, la force de son duo avec le danseur Igor Memic. Deux reconnaissances importantes pour un artiste qui cherche à faire évoluer la manière dont le public perçoit la danse.

Son nouveau spectacle, Fade Out, pousse cette démarche plus loin. Créée le 4 juin à Amsterdam, cette pièce raconte la disparition progressive de la lumière dans sa vie. Les mouvements, les sons, les vibrations et les sensations occupent une place centrale. Le public est invité à découvrir un univers où la vue n’est plus le seul moyen d’appréhender ce qui se déroule sur scène.

Sur Bladi.net : Elle transforme les symboles amazighs du Maroc en pièces de musée aux Pays-Bas

La création a entamé une tournée néerlandaise début octobre, avec des représentations à Den Helder, Eindhoven et Tilburg. Ce samedi 10 octobre, Issam Zemmouri est attendu à 20 h 30 au Podium Mozaïek d’Amsterdam. Le spectacle est accompagné d’une audiodescription pour les spectateurs aveugles et malvoyants. Avant la représentation, une séance « Meet & Feel » leur permet également de découvrir le décor et l’espace scénique par le toucher et l’écoute.

« Là où je me trouve maintenant, ce n’est pas encore l’obscurité, mais le chemin qui y mène », confiait le chorégraphe au NRC. Une phrase qui résume l’expérience intime qu’il a choisi de porter sur scène, devant un public désormais invité à découvrir son univers autrement que par les yeux.