Elle transforme les symboles amazighs du Maroc en pièces de musée aux Pays-Bas

- 14h00 - Monde - Ecrit par : Sébastien A.

Le musée de Gouda consacre une exposition à Mina Abouzahra. La designer néerlando-marocaine y réunit mobilier contemporain, tapis de Taznakht et symboles amazighs, au terme d’un travail mené depuis plus de dix ans entre les Pays-Bas et le Maroc.

À partir de ce 26 septembre, Mina Abouzahra investit une salle du Museum Gouda avec des meubles, des tapis et plusieurs créations inédites. Née en 1977 aux Pays-Bas de parents marocains, elle signe avec « Woven Letters » sa première exposition individuelle dans un musée.

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La designer a grandi entre les cultures marocaine et néerlandaise. Pendant ses études au Hout- en Meubileringscollege, une école spécialisée dans le bois et l’ameublement, elle séjourne au Maroc et découvre plus profondément les techniques artisanales, les couleurs et les traditions du pays de ses parents. Cette double appartenance devient la matière première de son travail, à l’image d’autres créateurs marocains installés aux Pays-Bas.

Depuis 2013, Mina Abouzahra dirige un studio établi à Amsterdam et au Maroc. À Taznakht, elle travaille avec une coopérative féminine qui produit à la main tapis et textiles selon les traditions amazighes. Le musée met également en avant son engagement en faveur de conditions de travail correctes et d’une rémunération équitable des tisseuses.

Ses meubles mêlent la sobriété du design néerlandais aux couleurs et aux motifs des textiles marocains. Le fauteuil Abouzahra X Rietveld reprend ainsi un modèle de Wim Rietveld, fils de l’architecte Gerrit Rietveld, recouvert de tissus tissés au Maroc. La pièce appartient désormais à la collection Rietveld du Centraal Museum d’Utrecht.

Quand un tapis devient une lettre

L’une des œuvres centrales de l’exposition est une tapisserie monumentale intitulée « Brief », « Lettre » en néerlandais. Elle renvoie à une tradition de Taznakht selon laquelle une jeune femme amazighe, après avoir quitté sa famille pour se marier, tisse pendant sa première année de mariage un tapis racontant sa nouvelle vie.

Les couleurs et les symboles permettent de transmettre ce qu’elle ne peut pas dire directement. Son père vient chercher l’ouvrage et le rapporte à sa mère, capable d’en lire le langage textile. Le titre « Woven Letters » est directement inspiré de cette histoire.

L’exposition présente également « Blessings », un meuble créé spécialement pour Gouda. Ses panneaux textiles sont couverts de symboles, tandis que sa structure en bois a été assemblée selon des techniques japonaises, sans colle ni clous. L’œuvre évoque le meuble qu’une jeune mariée marocaine emporte avec elle lorsqu’elle quitte le foyer familial.

Mina Abouzahra participe parallèlement à « Wonder Walls », une exposition sur l’histoire du tissage à Gouda. Avec des habitants, elle a conçu des coussins contemporains ensuite fabriqués à Taznakht, en écho aux anciens coussins des corporations néerlandaises. Le projet relie ainsi l’histoire textile de la ville aux savoir-faire marocains. Près d’un habitant de Gouda sur dix possède des racines dans le Rif et la culture amazighe, selon le musée.

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« Woven Letters » restera présentée jusqu’au 29 mars 2027. Mina Abouzahra y expose notamment son fauteuil inspiré de Rietveld, le meuble « Blessings », la tapisserie « Brief » et plusieurs œuvres dans lesquelles chaque fil devient un élément de récit.