Des satellites européens testent au Maroc un système pour voir venir la dégradation des terres

- 10h00 - Maroc - Ecrit par : Sébastien A.

Le Maroc sert de terrain d’essai à un projet européen capable de repérer et de prévoir la dégradation des terres à partir de données satellitaires. Testé notamment dans la région de Zagora, le système doit permettre d’intervenir avant que les dommages ne deviennent difficiles à inverser.

Baptisé EWALD, le projet financé par l’Union européenne ne cherche pas seulement à constater qu’un sol est déjà dégradé. Son système d’alerte combine des données d’observation de la Terre, la télédétection et un modèle probabiliste pour déterminer comment la dégradation d’un territoire risque d’évoluer.

L’objectif est notamment de produire des cartes permettant aux gestionnaires des terres et aux autorités d’identifier plus tôt les secteurs menacés. « Une grande partie de la recherche actuelle se concentre sur l’évaluation de la dégradation, et moins sur sa prévention », explique le chercheur Sergey Stankevich à l’Agence exécutive européenne pour la recherche.

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Le Maroc occupe une place particulière dans le dispositif. Selon la Commission européenne, il a été retenu avec l’Ukraine comme l’une des deux zones de test du projet. Les chercheurs y étudient notamment les risques liés à la désertification, alors que le terrain ukrainien permet d’observer davantage les effets des activités industrielles.

Des travaux scientifiques publiés cette année ont précisément utilisé la province de Zagora pour éprouver la méthode. Les chercheurs y soulignent plusieurs phénomènes susceptibles de dégrader les terres : perte de fertilité, diminution de la végétation et des rendements, pénurie d’eau, sécheresse, salinisation des sols ou encore déséquilibre des ressources hydriques.

Des contrôles au sol pour vérifier ce que voient les satellites

Les données spatiales ne sont pas utilisées seules. Des chercheurs ukrainiens se sont rendus au Maroc entre fin janvier et février pour confronter les cartes produites à distance à la situation réelle.

Du 8 au 10 février, ils ont parcouru avec leurs partenaires marocains les écosystèmes oasiens situés le long du Drâa et du Dadès, dans les secteurs de Zagora et Skoura. Avec l’appui des services agricoles d’Ouarzazate, 70 points de contrôle ont été sélectionnés afin de vérifier les cartes de dégradation produites par satellite et de tester le prototype en ligne, indique l’Académie nationale des sciences d’Ukraine.

Le projet associe notamment l’Université Cadi Ayyad de Marrakech à des chercheurs et organismes du Portugal, d’Allemagne, de Slovaquie et d’Ukraine. Des agents du ministère marocain de l’Agriculture ont également participé à des formations pour apprendre à utiliser ces outils dans la surveillance climatique et la gestion des situations de crise.

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La plateforme doit à terme permettre aux utilisateurs d’intégrer leurs propres données sur l’occupation des sols puis de générer des prévisions. Le système a déjà été comparé à Trends.Earth, l’outil recommandé par les Nations unies pour le suivi et la cartographie de la dégradation des terres, avec des résultats jugés encourageants par les chercheurs européens.

L’équipe veut désormais aller plus loin. Elle prévoit notamment d’intégrer davantage d’intelligence artificielle afin d’améliorer la fiabilité et la précision des prévisions. Pour le Maroc, l’enjeu est de passer des simples images satellites montrant l’évolution des paysages à un outil capable d’indiquer quelles terres risquent de se dégrader dans les années à venir.