Le système flamand brise-t-il les ambitions des élèves belgo-marocains ?

- 08h00 - Belgique - Ecrit par : Said A.

Une étude menée en Flandre montre que certaines décisions scolaires ne sont pas toujours vécues comme des cas individuels. Pour des jeunes Belgo-Marocains, elles peuvent toucher au sentiment d’appartenance.

À l’école, une orientation, une remarque ou un manque de soutien ne sont pas toujours interprétés comme de simples épisodes personnels. Chez certains jeunes Belgo-Marocains interrogés dans une étude récente, ces expériences prennent une dimension plus large : elles renvoient à la manière dont leur groupe est perçu et traité.

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Un sentiment qui dépasse le cas individuel

L’étude, publiée en 2025 dans Social Psychology of Education, repose sur des entretiens menés auprès de quatorze duos parent-jeune d’origine marocaine, soit 28 participants au total. Les chercheurs se sont intéressés à leur perception de la justice scolaire dans le système flamand, notamment dans les relations avec les enseignants, les décisions d’orientation et le traitement en classe.

L’un des enseignements importants de ce travail est que l’injustice scolaire n’est pas toujours vécue uniquement à l’échelle individuelle. Lorsqu’un élève d’origine marocaine se sent moins soutenu, sous-estimé ou orienté vers une filière moins valorisée, il peut interpréter cette expérience à travers son appartenance à un groupe.

Les chercheurs expliquent que les perceptions de justice peuvent fonctionner à deux niveaux : celui de l’expérience personnelle et celui de l’appartenance collective. Autrement dit, ce qui arrive à un élève peut être compris comme un signe de la manière dont les élèves issus du même milieu sont considérés.

Cette dimension collective apparaît notamment lorsque les jeunes observent ce qui arrive à d’autres élèves d’origine étrangère, dans leur classe, leur entourage ou leur famille. Ces expériences indirectes peuvent nourrir leur propre lecture de l’école et renforcer l’idée que certains élèves doivent prouver davantage leur place.

L’orientation scolaire au cœur du malaise

L’étude montre que cette lecture collective se cristallise souvent autour de l’orientation scolaire. Dans le système flamand, être dirigé vers une filière technique ou professionnelle peut avoir des conséquences durables sur le parcours d’un élève. Certains participants disent avoir vécu ces décisions comme opaques, difficiles à contester ou insuffisamment expliquées.

Pour plusieurs jeunes interrogés, le problème ne vient donc pas seulement de la décision finale. Il tient aussi au contexte dans lequel elle intervient : attentes jugées plus faibles, manque de soutien, remarques sur leurs capacités ou sentiment de ne pas être pleinement entendu par l’école.

Les auteurs relèvent également que certains participants attribuent ces expériences à une intention discriminatoire, même si tous ne le font pas automatiquement. Plusieurs disent au contraire chercher à rester prudents, afin de ne pas accuser à tort. Mais lorsque les mêmes situations semblent se répéter autour d’eux, l’explication individuelle devient moins convaincante.

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Cette étude ne prétend pas parler au nom de tous les Marocains de Belgique. Elle porte sur un échantillon limité, en Flandre, et relève d’une approche qualitative. Mais elle met en lumière un mécanisme important : pour certains jeunes Belgo-Marocains, une décision scolaire peut devenir bien plus qu’un choix d’orientation. Elle peut toucher à la reconnaissance, à la confiance et au sentiment d’avoir réellement sa place.