Bruxelles finance la 5G marocaine, mais ferme la porte aux fournisseurs à haut risque

- 14h00 - Monde - Ecrit par : L.A

L’Union européenne engage 20 millions d’euros dans la transformation numérique du Maroc, notamment autour de la 5G, du cloud et de l’intelligence artificielle. Mais son financement exclut les équipements provenant des fournisseurs qu’elle classe à haut risque, une catégorie visant notamment Huawei et ZTE.

La Commission européenne a approuvé une contribution maximale de 148 millions d’euros en faveur du Maroc au titre de son programme d’action pour 2026. Cette enveloppe couvre plusieurs secteurs, dont la résilience économique et sociale, la jeunesse et la transformation numérique, selon la décision adoptée le 29 juillet 2026.

Sur ce montant, 20 millions d’euros sont réservés au Programme d’appui au partenariat numérique entre l’Union européenne et le Maroc, ou PAP-NUM. Prévu sur une période indicative de 72 mois, ce programme doit rapprocher les règles marocaines des standards européens, renforcer la cybersécurité et accompagner le développement des infrastructures numériques.

L’initiative concerne notamment la 5G, le très haut débit dans les zones rurales, les câbles sous-marins, les centres de données, le cloud souverain et les écosystèmes d’intelligence artificielle. Elle prévoit également un soutien aux capacités de l’Agence nationale de réglementation des télécommunications, de la Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel et de la Direction générale de la sécurité des systèmes d’information.

Bruxelles ne financera toutefois pas directement la construction des infrastructures ou l’achat des antennes. L’annexe consacrée au partenariat numérique UE-Maroc précise que l’aide européenne portera principalement sur les études, la préparation et la structuration des projets, ainsi que sur les ajustements réglementaires et le renforcement des compétences. Des financements supplémentaires pourront ensuite être mobilisés à travers les mécanismes européens d’investissement et de garantie.

Sur Bladi.net : Alliance surprise entre Maroc Telecom et Inwi

Cette intervention arrive alors que la 5G a été officiellement lancée au Maroc en novembre 2025. Le royaume cherche désormais à étendre sa couverture, notamment dans les zones moins bien desservies, tout en intégrant le déploiement des nouveaux réseaux à la stratégie Maroc Digital 2030.

Huawei et ZTE dans le viseur européen

Une condition inscrite dans le programme pourrait cependant peser sur le choix des équipementiers. La Commission indique qu’aucun équipement provenant d’un fournisseur considéré comme présentant un haut risque ne pourra être financé par elle-même ou par ses partenaires financiers.

Le document marocain ne cite directement aucune entreprise, mais il renvoie à la communication européenne du 15 juin 2023 sur la sécurité des réseaux 5G. Dans ce texte, la Commission considère que Huawei et ZTE présentent des risques sensiblement plus élevés que les autres fournisseurs de technologies 5G. Elle juge justifiées les décisions prises par plusieurs États membres pour restreindre ou exclure ces deux groupes chinois de leurs réseaux.

Cette clause ne signifie pas que le Maroc interdit Huawei ou ZTE. Elle s’applique uniquement aux équipements qui seraient financés par la Commission européenne ou ses partenaires dans le cadre du programme. Les opérateurs marocains restent donc libres de travailler avec ces fournisseurs sur des projets financés par leurs propres moyens ou par d’autres investisseurs.

Sur Bladi.net : La stratégie gagnante d’Orange au Maroc

Pour les projets souhaitant bénéficier d’un soutien européen, le choix technologique sera en revanche étroitement encadré. À travers ses financements, Bruxelles ne se contente plus d’accompagner la transformation numérique du Maroc : elle exporte également sa politique de sécurité et ses restrictions sur les équipementiers chinois.