L’Inde mise sur le Maroc pour l’Europe, mais le royaume n’exporte que 2 % vers ses voisins
Le Maroc offre aux industriels indiens un accès privilégié aux marchés européen et africain. Mais son intégration régionale reste extrêmement faible : selon les données de 2021 citées par la Banque africaine de développement, seulement 2 % de ses exportations étaient destinées aux autres pays d’Afrique du Nord.
L’Inde développe rapidement ses positions au Maroc, en Égypte, en Algérie et en Tunisie, mais sans parvenir à relier ces implantations dans une véritable chaîne industrielle nord-africaine. C’est le constat dressé ce 18 septembre par EnterpriseAM.
Dans cette stratégie, le Maroc se distingue par sa proximité avec l’Europe, ses accords commerciaux et ses infrastructures portuaires. Il peut servir de plateforme de production aux entreprises indiennes souhaitant vendre sur les marchés européen et africain.
Rabat et New Delhi ont d’ailleurs convenu en août de doubler leurs échanges commerciaux en cinq ans. Ceux-ci avaient atteint environ 4 milliards de dollars en 2025. Un groupe de travail doit également étudier la possibilité de conclure un accord commercial préférentiel.
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L’implantation indienne au Maroc repose déjà sur plusieurs projets industriels. Le groupe Tata a inauguré à Berrechid sa première usine de défense à l’étranger, où sont produits des véhicules blindés WhAP 8x8. Le site a déjà livré ses premières coques de blindés fabriquées au Maroc.
Dans les phosphates, le groupe indien Chambal Fertilisers est associé à OCP au sein d’IMACID, à Jorf Lasfar. Cette présence répond directement aux besoins de l’Inde, qui cherche depuis plusieurs années à sécuriser ses approvisionnements en engrais marocains.
Le Maroc, dernier de la région pour les échanges avec ses voisins
Ces investissements ne forment toutefois pas encore un corridor industriel reliant les différents pays d’Afrique du Nord. Les implantations indiennes au Maroc, en Égypte, en Algérie et en Tunisie fonctionnent essentiellement comme des projets nationaux indépendants.
Le problème dépasse les seules entreprises indiennes. En 2021, les échanges entre pays nord-africains représentaient seulement 4 % des exportations totales de la région, contre environ 60 % au sein de l’Union européenne.
Le Maroc affichait le taux le plus faible des quatre économies étudiées : 2 % de ses exportations étaient destinées aux autres marchés nord-africains, contre 4 % pour l’Algérie, 5 % pour l’Égypte et 7 % pour la Tunisie. Ces chiffres, cités par Malinne Blomberg, directrice générale adjointe de la Banque africaine de développement pour l’Afrique du Nord, portent sur l’année 2021 et non sur 2026.
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L’appartenance du Maroc, de l’Algérie, de l’Égypte et de la Tunisie à la Zone de libre-échange continentale africaine ne suffit pas à résoudre le problème. Des produits simplement expédiés depuis l’Inde ne peuvent pas automatiquement bénéficier des préférences tarifaires africaines : ils doivent respecter les règles d’origine, ce qui pousse les groupes indiens à produire localement.
Pour transformer ces investissements dispersés en chaîne de valeur régionale, il faudrait également améliorer les liaisons maritimes, harmoniser les procédures douanières et rapprocher les normes industrielles. Le Maroc apparaît donc comme la principale porte d’entrée indienne vers l’Europe, mais son très faible commerce avec ses voisins limite encore son rôle de plateforme pour toute l’Afrique du Nord.