L’Algérie promet de « faire mal » au Maroc avec 2,4 millions de tonnes contre 15 millions pour OCP
Présenté en Algérie comme une future menace pour le phosphate marocain, le projet de Bled El Hadba prévoit 2,4 millions de tonnes d’engrais phosphatés par an. OCP dispose déjà d’une capacité de 15 millions de tonnes et vise 20 millions dès 2027.
« Faire mal » à l’économie marocaine : c’est ainsi que TSA présente le futur complexe algérien de phosphate intégré. Cette affirmation ne provient toutefois pas du gouvernement algérien, mais de l’analyse d’un économiste interrogé par le média.
Le projet est bien réel. Selon les données publiées par Sonatrach, sa première phase doit permettre d’extraire annuellement 5,5 millions de tonnes de phosphate brut, d’en produire 3,2 millions de tonnes sous forme concentrée et de fabriquer 2,4 millions de tonnes d’engrais phosphatés. Une unité de 570 000 tonnes d’urée est également prévue.
Pour mesurer la concurrence potentielle avec le Maroc, c’est toutefois la capacité en engrais qui doit être comparée, et non le volume de roche extraite. Or, OCP annonce actuellement une capacité de production de 15 millions de tonnes de solutions de nutrition des plantes. Le groupe marocain prévoit de la porter à 20 millions de tonnes en 2027 dans le cadre d’un programme d’investissement de 130 milliards de dirhams.
À capacité maximale, la première phase du projet algérien resterait donc plus de six fois inférieure à la capacité actuelle d’OCP et plus de huit fois inférieure à celle visée par le groupe marocain en 2027.
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L’arrivée de l’Algérie peut accroître la concurrence sur certains marchés, notamment en Afrique et en Méditerranée. Elle ne suffit cependant pas, à ce stade, à menacer la position industrielle d’OCP, qui dispose déjà de plusieurs plateformes de transformation, d’un réseau commercial international et de nouvelles capacités de production en cours de construction au Maroc.
Le contrat complet n’est pas encore finalisé
Une autre réserve importante apparaît dans les documents officiels. Sonatrach présente l’accord conclu avec Saipem comme un contrat EPC portant sur les installations de transformation et de production. Mais le groupe italien précise, dans son communiqué du 12 août, avoir signé une autorisation limitée de démarrage, évaluée à environ 500 millions d’euros.
Cette autorisation couvre notamment les études détaillées, la commande d’équipements nécessitant de longs délais et la mobilisation préliminaire. Saipem indique expressément que le contrat EPC complet reste en cours de négociation et de finalisation.
L’échéance de 2027 doit également être précisée. Le communiqué officiel relayé par l’agence APS fixe au mois de mars 2027 le début des exportations de phosphate provenant de Bled El Hadba. Il ne garantit pas que le complexe produira, dès cette date, 2,4 millions de tonnes d’engrais phosphatés.
Le calendrier appelle d’autant plus à la prudence que ce projet avait déjà été annoncé en 2018, pour un investissement estimé à six milliards de dollars et une mise en service alors prévue en 2022. Cette première échéance n’a pas été respectée.
TSA invoque enfin le cadmium présent dans le phosphate marocain. OCP affirme que ses engrais expédiés vers l’Union européenne se situent depuis 2025 sous le seuil de 20 milligrammes par kilogramme, contre une limite européenne de 60 milligrammes. Bruxelles reconnaît cependant ne pas disposer d’un contrôle systématique permettant de vérifier indépendamment tous les volumes concernés.
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Avec ses réserves et son futur complexe intégré, l’Algérie peut devenir un nouvel acteur significatif du marché des engrais. Mais les chiffres disponibles ne permettent pas encore de parler d’un projet capable de « faire mal » au Maroc dès 2027 : la capacité annoncée reste très inférieure à celle d’OCP, tandis que le contrat industriel définitif et le calendrier de mise en service doivent encore être sécurisés.