Le Maroc assure avoir réduit le cadmium de ses engrais, Bruxelles reconnaît ne pas pouvoir le vérifier
OCP assure expédier vers l’Union européenne des engrais contenant moins de 20 mg de cadmium par kilo, contre une limite européenne de 60 mg. Un responsable européen reconnaît toutefois qu’aucun suivi systématique des importations ne permet de vérifier cette teneur.
Le sujet revient au premier plan avec une enquête publiée ce samedi par Boursorama, réalisée notamment dans la mine de Sidi Chennane, près de Khouribga. Le cadmium est naturellement présent dans certains gisements de phosphate et peut, via les engrais, s’accumuler dans les sols puis dans l’alimentation.
En France, le débat s’est accéléré ces derniers mois après que des engrais venus du Maroc ont été pointés du doigt dans la surexposition de la population à ce métal lourd toxique. En juin, les députés français ont adopté une proposition de loi destinée à réduire cette exposition.
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Le Maroc se trouve directement au cœur de l’enjeu : il concentre environ 70 % des réserves mondiales connues de phosphate, avec quelque 50 milliards de tonnes. OCP affirme avoir développé un procédé utilisant des additifs pendant le traitement de l’acide phosphorique afin de capter le cadmium avant la fabrication des engrais.
Bruxelles ne contrôle pas systématiquement
Le groupe public assure ainsi proposer depuis 2025 à ses clients européens des fertilisants contenant moins de 20 mg de cadmium par kilo. C’est trois fois moins que le plafond de 60 mg/kg appliqué par l’Union européenne aux engrais phosphatés. L’Europe représente 17 % des ventes d’OCP à l’étranger, derrière l’Asie (41 %) et les Amériques (31 %).
Mais un responsable européen interrogé par l’AFP introduit une nuance importante : faute de « suivi systématique » du cadmium dans les engrais importés, Bruxelles n’est pas en mesure de vérifier elle-même les teneurs annoncées par les producteurs. Il confirme néanmoins qu’un important producteur marocain a informé l’Union européenne de ses investissements pour garantir des engrais sous le seuil de 20 mg/kg.
OCP ne chiffre pas les sommes consacrées à cette adaptation. Faris Derrij, PDG d’OCP Nutricrops, explique que le groupe a réalisé des investissements importants pour adapter sa production à des réglementations qui diffèrent selon les marchés. Cette évolution accompagne plus largement la montée en gamme des engrais produits au Maroc.
L’enjeu ne se limite pas au cadmium. OCP prévoit également pour 2027 un centre de stockage terrestre destiné à réduire les rejets en mer de phosphogypse, résidu issu de la production d’engrais et contenant notamment des métaux lourds et des substances acides.
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Le dossier intervient enfin dans un contexte de fortes tensions sur le marché mondial des engrais. Les perturbations au Moyen-Orient ont renchéri et compliqué l’approvisionnement en soufre et en ammoniac. OCP reconnaît des effets sur les coûts et les délais, mais assure avoir maintenu sa production grâce à ses stocks et à la position géographique du Maroc.