Son alliance avec le Maroc critiquée, un géant espagnol contre-attaque
Un géant espagnol du transport maritime veut faire retirer une partie d’une étude universitaire consacrée aux ambitions portuaires du Maroc. En cause : son projet d’alliance à 80 millions d’euros avec Marsa Maroc, vivement critiqué aux îles Canaries. La demande provoque une polémique dans le secteur maritime espagnol.
Le groupe Boluda est monté au créneau après la publication d’un rapport de l’université de Las Palmas de Grande Canarie sur l’avenir des ports de l’archipel. L’entreprise a demandé le retrait d’une annexe mettant en cause son partenariat avec le marocain Marsa Maroc. Elle dénonce des « spéculations sans fondement » et un manque de rigueur dans l’analyse, rapporte le média espagnol Atlántico Hoy.
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L’accord au centre de la controverse prévoit l’acquisition par Marsa Maroc de 45 % de Boluda Maritime Terminals, une filiale du groupe espagnol, pour 80 millions d’euros. Cette opération donnerait à l’entreprise publique marocaine une participation dans plusieurs terminaux espagnols, dont cinq situés aux Canaries. Boluda conserverait les 55 % restants et la direction de la société.
Les auteurs du rapport s’inquiètent des conséquences possibles de ce rapprochement pour les ports canariens. Ils redoutent notamment un déplacement de certaines activités maritimes vers le Maroc, alors que le Royaume développe ses infrastructures portuaires, notamment le futur port de Dakhla Atlantique. Le président du gouvernement insulaire de Grande Canarie, Antonio Morales, partage ces préoccupations.
Une universitaire prête à modifier son rapport
Boluda rejette cette analyse. Le groupe estime que l’arrivée d’un actionnaire minoritaire marocain ne lui donnerait pas le pouvoir de décider seul des routes maritimes ou de détourner des marchandises vers les ports du Royaume. Ses représentants ont contesté le document lors de sa présentation et demandé la suppression des passages consacrés à leur partenariat.
Lourdes Trujillo, professeure d’économie et coordinatrice de l’étude, a confirmé avoir été contactée par Boluda. Elle précise que l’entreprise lui a demandé de retirer l’annexe, sans lui imposer cette décision. Interrogée par Atlántico Hoy, elle reconnaît que ce développement consacré aux relations commerciales de plusieurs entreprises aurait pu être présenté autrement. Elle se dit disposée à le modifier ou à le retirer.
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L’intervention de Boluda suscite à son tour des critiques. Dans un article publié le 19 octobre, Canary Maritime rapporte la colère de professionnels portuaires qui dénoncent les pressions d’une entreprise privée sur le travail universitaire. Antonio Morales défend, de son côté, l’indépendance des chercheurs.
Cette bataille intervient alors que l’investissement marocain attend toujours le feu vert des autorités espagnoles. Signé en décembre 2025, l’accord entre Marsa Maroc et Boluda reste soumis à l’examen de Madrid, dans un contexte d’opposition politique aux Canaries.