Un opérateur marocain vise neuf terminaux espagnols, Madrid hésite depuis neuf mois
Marsa Maroc a obtenu l’autorisation d’investir 80 millions d’euros dans neuf terminaux portuaires espagnols. Mais neuf mois après la signature de l’accord avec Boluda, l’opération reste bloquée à Madrid, notamment en raison des inquiétudes exprimées aux Canaries.
L’accord prévoit l’acquisition par Marsa Maroc International Logistics de 45 % du capital et des droits de vote de Boluda Maritime Terminals (BMT). Le groupe espagnol conserverait les 55 % restants ainsi que la direction de l’entreprise. La transaction, signée le 15 décembre 2025, reste suspendue à l’autorisation des autorités espagnoles, rapporte Canarias en Pleno.
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Le gouvernement marocain a déjà donné son feu vert. Un décret signé le 2 avril et publié le 9 avril autorise Marsa Maroc à entrer, par l’intermédiaire de sa filiale internationale, dans le capital de BMT à hauteur de 45 %. Cette autorisation reste valable pendant un an, précise le Bulletin officiel.
Le texte expose directement les ambitions de l’opérateur marocain : accéder au marché portuaire européen, poursuivre son internationalisation et renforcer le corridor logistique entre l’Europe et l’Afrique. Le groupe vise également des concessions portuaires de longue durée et des flux commerciaux réguliers.
Cinq ports canariens au cœur de l’opération
BMT exploite neuf terminaux à Las Palmas, La Palma, Tenerife, Lanzarote, Fuerteventura, Séville, Vilagarcía, Cadix et Santander. Ces installations ont traité plus d’un million de conteneurs équivalents vingt pieds en 2024. Elles sont également intégrées à onze lignes maritimes reliant la péninsule Ibérique aux Canaries, aux Baléares, à l’Europe du Nord, à l’Italie, à l’Afrique de l’Ouest et au Cap-Vert.
L’entrée de Marsa Maroc donnerait ainsi au groupe marocain une participation dans cinq terminaux des Canaries, où Boluda joue un rôle important dans l’acheminement des marchandises. L’opération porterait le réseau cumulé des deux partenaires à 34 terminaux répartis dans 20 ports, selon les informations publiées lors de la signature de l’accord par Cinco Días.
C’est précisément cette présence aux Canaries qui a transformé l’investissement en dossier politique. Le président du Cabildo de Grande Canarie, Antonio Morales, réclame son blocage au nom de la sécurité nationale et de l’autonomie logistique de l’archipel. Il redoute qu’un opérateur lié à l’État marocain puisse peser sur les décisions concernant les tarifs, les investissements, les escales ou les routes maritimes.
Le gouvernement espagnol examine donc la transaction au titre du contrôle des investissements étrangers dans les infrastructures stratégiques. L’organisme public Invest in Spain indiquait déjà en janvier que l’accord restait soumis à l’approbation des autorités compétentes. La mobilisation politique aux Canaries a depuis maintenu le dossier sous pression.
La situation contraste avec la coopération déjà engagée entre les deux groupes au Maroc. Boluda et Marsa Maroc ont créé West Med Towage pour assurer pendant vingt ans les services de remorquage et d’assistance maritime à Nador West Med. Boluda possède 51 % de cette société commune, contre 49 % pour Marsa Maroc, dans le cadre d’un investissement annoncé de 45 millions d’euros.
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L’autorisation marocaine arrivera à expiration le 9 avril 2027. Marsa Maroc dispose donc d’un peu plus de six mois pour obtenir le feu vert de Madrid et finaliser son entrée dans BMT, faute de quoi le groupe devra faire renouveler l’autorisation accordée par Rabat.