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Amazigh ou le sens d’une nouvelle marche

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2 juillet 2002 - 23h34 - Culture

Avec les orientations données par S.M. le Roi aux premiers membres désignés du Conseil d’administration de l’IRCAM, le débat sur la culture amazighe, franchit un pas significatif. Les responsables de cette nouvelle institution sont donc conviés à s’atteler à la tâche laborieuse de mettre en œuvre les directives Royales.

Du coup ,c’est la société tout entière qui se trouve impliquée dans une dynamique, à travers les divers échelons et les différentes responsabilités.
De surcroît, l’image du Maroc à l’échelle régionale et internationale se renforce parce que la réhabilitation de la culture amazighe, outre un acte naturel, une décision de droit allant de soi, constitue un retour aux sources, un acte de foi. Les historiens, grands et moins grands, de Marçais à Charles-André Julien, ont suffisamment mis en relief la dimension berbère de l’histoire du Maroc pour que le fait ait été de jure comme de facto admis et souligné dans les manuels et les textes fondamentaux. Tant et si bien que la culture amazighe est apparue comme l’autre face constante de la médaille, un point d’appui qui renforce l’équilibre sociologique.

C’est l’administration coloniale, avec ses rhéteurs et ses généraux, ses missionnaires et ses civilisateurs qui a opéré le partage, introduit la ligne de fracture entre les populations. Et le Dahir berbère, résultat d’une aussi fâcheuse conception, en était la sinistre illustration. Promulgué en 1930, il avait pour objet - dans la plus sordide tradition coloniale - de créer le fossé entre population d’origine arabe et population d’origine berbère, celle-ci ayant été hissée au rang d’une priorité majeure. Un « Collège berbère » était édifié à Azrou, où la ligne de partage fonctionnait naturellement à travers une conception de l’enseignement éloignée, c’est le moins que l’on puisse dire, des principes démocratiques défendus par Jules Ferry.
On y enseignait la langue française et le berbère...On excluait d’office, en revanche, la langue arabe, à une soixantaine de kilomètres de Fès où le mouvement nationaliste prenait fermement le contrepieds d’une telle discrimination.

L’impact du discours d’Ajdir

La marche du peuple marocain vers son unité est passée donc par le combat contre le partage colonial et contre le principe d’exclusion qui lui servait de support. C’est dans cet esprit qu’il faut saisir la portée du message Royal , contenu dans le discours d’Ajdir et dans les orientations aux membres du Conseil d’administration sur l’horizon. « Nous voulons, a déclaré le Souverain le 17 octobre à Ajdir, exprimer ensemble notre reconnaissance de l’intégralité de notre histoire commune et de notre identité culturelle nationale bâtie autour d’apports multiples et variés » . Le propos Royal est une profession de foi qui est venue balayer les turpitudes et dresser une digue contre les réfractaires, quels qu’ils soient, prompts à se faire les avocats des cloisonnements culturels. C’est peu dire que le discours d’Ajdir, prononcé dans une langue unitaire avec des accents pluridimensionnels et une tonalité originale, constituait à la fois la réponse idoine aux tergiversations de certains et un socle programmatique pour tous ceux qui militent pour l’unité dans la diversité. C’est aussi une évidence que cette allocution eût pu être prononcée à Inezgane, Tafraout ou Zayou, près de Nador !
Rupture avec l’attentisme face à une réalité historique et en même temps saut majeur pour l’édification d’un État moderne, le discours Royal d’Ajdir a conforté les décisions annoncées dans le discours du Trône, prononcé à Tanger le 30 juillet 2001 et qui avait cette particularité sémantique que l’identité marocaine est plurielle, l’unité étant a fortiori un facteur essentiel de convergence et le résultat d’une lente maturation organique. A preuve, devant les défis extérieurs, face aux impérialismes divers qui étaient partis à l’assaut du Maroc, la Nation était vouée au même combat où, plus que la défense territoriale, la dimension identitaire transcendait tous les autres aspects. Le Dahir portant création de l’Institut Royal de la Culture amazighe, promulgué le 17 octobre 2001 est, à n’en pas douter, un acte majeur. Il est à l’histoire du Maroc ce qu’est un tournant dans une culture, une innovation dans une civilisation, ce qu’est une découverte à la science. Acte fondateur aussi parce qu’il codifie le nivellement des cultures, les unes aussi variées et riches, et des traditions que S.M. le Roi a énumérées : amazigh, arabité, valeurs subsahariennes, africaine et culture andalouse ! Cette mosaïque fonde, on l’a dit, notre socle identitaire et porte à conséquence quant à la perception de notre pays par les autres.

L’événement d’un retour

Dix neuf articles, énoncés comme des préceptes, formulés à la manière d’une morale, composent le Dahir qui fonde l’IRCAM. Une même volonté les traverse : la valorisation de notre héritage patrimonial et l’éclosion d’une conscience collective sur la nécessité de promouvoir une culture qui, à vrai dire ,ne nous a jamais quittés, qui est à l’âme du peuple marocain ce que le doigt est à la main. C’est-à-dire un membre actif de notre corps. La culture amazighe, et le Souverain n’a de cesse de le souligner, assume une grande part dans l’affinement et l’enrichissement de notre identité. Aussi, le fait de la réhabiliter, de lui rendre ses lettres de noblesse, de reconnaître son immense apport dans l’édification toujours en œuvre de notre conscience culturelle, participe-t-il d’une justice de l’Histoire. Et la nouveauté n’est pas, en réalité, dans le fait que cette réhabilitation intervienne aujourd’hui mais dans l’événement que constitue ce retour de la grandeur amazighe. Un événement qui est l’émanation de la volonté et de la clairvoyance Royales.
Cette perspicacité Royale est imprimée jusque dans les statuts de l’Institut, dont l’administration est confiée au Conseil d’administration dont les premiers membres viennent d’être solennellement accrédités et cautionnés par Sa Majesté le Roi. Le Conseil est investi d’une grande mission, celle d’accélérer l’épanouissement de la culture amazighe, devenue une culture fédératrice, de contribuer ensuite à l’ancrage du Maroc dans la modernité - ce qui veut dire dans la complexe société mondiale qui est en train d’émerger -, tout en préservant nos valeurs, enfin d’affirmer l’identité plurielle d’un Maroc tourné vers l’avenir et le progrès, de s’inscrire in fine dans la démarche fédératrice et unitaire de S.M. Mohammed VI. Les valeurs qui articulent la diversité marocaine , amazigh, Islam, arabisme et tolérance confessionnelle, ont pétri tout au long des siècles notre visage et notre identité. Elles se complètent, s’alternent aussi dans un mouvement régulier de brassage interculturel qui est le propre du Maroc.

Hassan Alaoui

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