Attentats : "Richard Robert, un garçon que personne ne veut croire terroriste"

- 10h25 - Maroc - Ecrit par :

On le dit "discret", "réservé". Ou mieux, "inconnu". Richard Robert, soupçonné d’avoir participé aux attentats qui ont fait 43 morts et une centaine de blessés, le 16 mai, à Casablanca, au Maroc, ne s’est guère fait remarquer de ceux qui l’ont côtoyé dans la région de Saint-Etienne (Loire).

Une semaine après son arrestation, à Tanger, le 3 juin, la mise en cause de cet enfant du pays, converti à l’islam à 17 ans, continue de surprendre ses proches.

Né en 1972 à la maternité du Chambon-Feugerolles, proche de la commune d’origine de sa mère, Richard a vécu une enfance sans heurts jusqu’à l’âge de 16 ans, auprès de ses deux frères et de ses parents, dans le village de Chambles. Son père avait simplement signalé à quelques-uns de ses collègues d’atelier de la verrerie de Saint-Just, où il a fait toute sa carrière, que son deuxième fils s’était converti à l’islam, à 17 ans, sous le nom d’Abou Abderrahmane.

Des amis turcs ont fait connaître à Richard Robert l’association culturelle et sportive turque d’Andrézieux-Bouthéon, qui disposait d’une salle de prière. "Il nous a demandé à être converti. Il considérait l’islam comme une religion juste et qui ne fait de mal à personne", se souvient Ibrahim Tekeli, ancien vice-président de cette association qui regroupait alors près de trois cent cinquante familles.

Quelques mois après, Richard Robert décide de partir en Turquie, dans la région de Konya, "pour apprendre la religion et le turc". Des amis lui ont procuré les adresses de parents susceptibles de l’héberger. Sur place, il vit de petits boulots, travaille notamment dans des restaurants. Mais il affirme à ses proches ne pas apprécier ce "pays laïque" et rentre en France au bout d’un an. A son retour, il admoneste volontiers des coreligionnaires qui ne portent pas comme lui un long vêtement blanc. "Il nous disait qu’on ne s’habillait pas comme le prophète", se rappelle M. Tekeli.

En 1996, Richard Robert part s’installer à Tanger, où il se marie. Il y reste trois ans. En 1999, nouveau retour en France, accompagné de sa femme marocaine. "Il m’a invité à boire le café chez ses parents. Il m’a présenté sa femme, ajoute M. Tekeli, qui ne veut pas croire en son implication dans des attentats.C’était quelqu’un d’honnête qui ne tenait pas de propos intégristes, ni racistes."

Le couple quitte le domicile des parents de Richard pour Saint-Etienne. Là, lui fréquente la librairie du centre culturel Al-Qalam, "la plume" en arabe, ouvert fin 1997 par une association de musulmans stéphanois désireux de promouvoir leur culture et le rapprochement interculturel. "Il est venu pour la première fois dans nos locaux en 1999. Il recherchait surtout des livres d’initiation à l’islam, principalement des livres francophones", observe le permanent du centre.

A cette époque, Richard Robert vit de la vente au Maroc de voitures d’occasion. Il prie dans différentes mosquées de l’agglomération stéphanoise. Sans attache particulière. L’imam de la mosquée du quartier de la Cotonne à Saint-Etienne, Mohamed Chérif, l’a connu "trois ans après sa conversion". "C’était quelqu’un de réservé, solitaire, qui parlait l’arabe littéraire. Il était très difficile de l’aborder. Car, contrairement à bon nombre de fidèles, il ne restait pas à bavarder après la prière", précise l’imam qui alerté par des jeunes sur son discours "radical" : "Il n’hésitait pas à justifier auprès d’eux les tueries en Algérie."

Selon M. Chérif, "Richard Robert préférait prier dans des salles où il n’y a pas d’imam officiel". Il se présente ainsi à celle du quartier de Beaubrun à Saint-Etienne où il se propose de donner des cours de religion. Mais il en est rapidement exclu parce que "trop radical".

Locataire pendant quelques mois d’un appartement dans le quartier du Montcel à La Ricamarie, près de Saint-Etienne, il aurait fréquenté des lieux de prière de la vallée de l’Ondaine, de tendance salafiste. Mais sa présence a été peu remarquée. Il n’est "pas connu" non plus des services de la police du Chambon-Feugerolles.

Ses fréquents allers-retours entre la France et le Maroc se sont interrompus il y a environ dix-huit mois. Richard Robert serait alors retourné à Tanger. A-t-il gardé des contacts en France ?

Sa famille n’a pas souhaité répondre à la presse. Les parents ont été entendus comme témoins par les policiers de la direction de la surveillance du territoire (DST) ; le plus jeune frère, David, lui aussi converti à l’islam, a passé 48 heures en garde à vue. Il est ressorti libre.

Vincent Charbonnier pour lemonde.fr

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