Les banques françaises quittent l’Afrique, les groupes marocains prennent le terrain
Les trois grands groupes bancaires marocains ont désormais une telle implantation sur le continent que le Maroc est présenté comme la deuxième puissance bancaire régionale d’Afrique, derrière l’Afrique du Sud. Attijariwafa bank, BCP et Bank of Africa réalisent une part croissante de leur activité hors du Royaume.
Les banques marocaines ont changé de dimension. Longtemps concentrées sur leur marché national, Attijariwafa bank, le groupe Banque Centrale Populaire (BCP) et Bank of Africa (BOA) disposent désormais de réseaux couvrant une grande partie du continent.
Dans une analyse publiée le 2 septembre, African Business estime que cette expansion fait aujourd’hui du Maroc la « deuxième puissance bancaire régionale » d’Afrique, derrière l’Afrique du Sud.
Le constat repose notamment sur le poids pris par les activités africaines des trois principaux groupes marocains. Attijariwafa bank opère désormais dans au moins 15 autres marchés africains, BCP dans 18 et Bank of Africa dans 20.
Cette implantation est particulièrement forte en Afrique de l’Ouest, où les banques marocaines ont progressivement récupéré une partie du terrain abandonné par les grands établissements européens. Une évolution déjà visible lorsque les banques françaises ont commencé à se retirer massivement d’Afrique.
Sur Bladi.net : L’illusion d’un retour des banques françaises face au rouleau compresseur marocain
Les activités hors du Maroc représentent désormais une part considérable des trois groupes. Selon African Business, elles pèsent environ 25 % chez Attijariwafa bank, 25 % chez BCP et jusqu’à 40 % chez Bank of Africa dans leurs revenus et leurs actifs.
BOA est ainsi le groupe marocain qui a poussé le plus loin son internationalisation. Il ne se limite plus à l’Afrique de l’Ouest et centrale et dispose également d’une présence importante en Afrique de l’Est.
Les banques marocaines profitent du retrait européen
Cette progression s’est faite parallèlement au recul de plusieurs grands groupes bancaires européens sur le continent.
BNP Paribas est notamment en train de quitter le capital de la BMCI au Maroc après s’être déjà retiré de plusieurs marchés d’Afrique de l’Ouest et centrale. Société Générale a, elle aussi, cédé de nombreuses filiales africaines ces dernières années.
Les groupes marocains ont suivi le chemin inverse. Après avoir commencé leur développement continental par la banque de détail, ils étendent désormais leurs activités au financement des entreprises, au commerce international, à la banque d’investissement et aux paiements transfrontaliers.
Cette stratégie pourrait encore profiter de la montée en puissance de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), qui doit accroître les échanges entre pays africains et donc les besoins en financement du commerce, en devises et en systèmes de paiement entre États.
La croissance africaine intervient en outre alors que les banques continuent de renforcer leur assise au Maroc.
L’encours total des crédits distribués par les établissements marocains a atteint 1 192 milliards de dirhams en 2025, soit une progression de 6,5 % en un an.
Les crédits accordés sur le marché intérieur ont progressé d’environ 8 %, leur plus forte hausse depuis 2011. Les financements destinés à l’équipement ont même bondi de 25 %, portés notamment par les nombreux investissements dans l’industrie, les transports, les énergies renouvelables et les infrastructures.
Cette activité soutenue se traduit déjà dans les résultats. Les banques marocaines ont gagné 19,2 milliards de dirhams en 2025, en hausse de 22,2 % sur un an.
Sur Bladi.net : Maroc : les banques gagnent plus et prêtent davantage
Le Mondial 2030 devrait également fournir de nouvelles opportunités aux établissements marocains. La construction et la rénovation des stades, des voies ferrées, des aéroports et des hôtels nécessitent des financements considérables au cours des prochaines années.
À côté de cette expansion internationale, les banques accélèrent aussi leur transformation numérique. African Business cite notamment BCP et son écosystème Chaabi Pay, qui comptait 13,8 millions d’utilisateurs enregistrés fin 2024, contre 10,3 millions un an auparavant.
Le taux de bancarisation continue également de progresser. Environ 56 % des adultes marocains possédaient un compte bancaire en 2025, contre seulement 42 à 44 % cinq ans plus tôt.
Le marché intérieur reste donc encore loin d’être saturé, tandis que les grands groupes marocains poursuivent leur conquête du continent. C’est cette combinaison entre puissance domestique et implantation panafricaine qui permet désormais au Maroc d’être présenté comme la deuxième puissance bancaire régionale d’Afrique, juste derrière l’Afrique du Sud.