La Belgique a mal à son islam

- 16h30 - Belgique - Ecrit par : P. A

La ministre de la Justice, Annelies Verlinden (CD&V), n’a pas délivré d’acte de reconnaissance définitive au Conseil musulman de Belgique (CMB), estimant que cet organe n’est pas suffisamment représentatif de la communauté musulmane dans le pays.

Mis en place en juin 2023 en remplacement de l’Exécutif des musulmans de Belgique, jugé peu efficace et peu transparent par les autorités belges, le Conseil musulman de Belgique (CMB) avait la lourde mission d’obtenir en deux ans une large adhésion des mosquées, aumôniers de prisons, professeurs de religion, etc. afin de devenir un organe représentatif de la communauté musulmane. Sa reconnaissance définitive devait donc intervenir courant ce mois de juin 2025. Mais le 20 juin dernier, la ministre de la Justice, Annelies Verlinden, a différé d’un an cette reconnaissance, au motif que le CMB n’est toujours pas représentatif. Une décision qui a suscité une vague de commentaires et des inquiétudes quant à l’avenir du culte musulman en Belgique.

« La décision de la ministre Verlinden est incompréhensible. Le CMB a fait ce qu’on lui demandait : il a pu réunir autour de lui 65 % des mosquées, il a organisé des élections internes le 31 mai pour renouveler son conseil d’administration. Alors que la majorité souhaite dégager l’islam en Belgique de toute ingérence étrangère, dont celle des Frères musulmans, il se prive d’un organe qui aurait pu favoriser cela. C’est vraiment paradoxal… », a critiqué le libéral flamand Paul Van Tigchelt, ex-ministre de la Justice et député Open VLD de l’opposition.

À lire : Conseil musulman de Belgique : un an de sursis pour convaincre

La communauté musulmane en Belgique est très diverse. Issues de plusieurs pays, avec des courants théologiques et idéologiques différents, les communautés musulmanes n’interagissent pas entre elles, préférant garder leur autonomie. D’où la difficulté de fédérer les communautés. Même l’État belge n’est pas en mesure de donner le nombre exact de mosquées dans le pays. Elles sont estimées à près de 350, fait savoir La Libre. Face à cette difficulté, la ministre a fait preuve de « prudence » en décidant de repousser d’un an la reconnaissance du CMB, assure son cabinet, ajoutant que l’organe « continue d’exercer les missions de l’organe représentatif et assure de la sorte la continuité du service public ».

Michaël Privot, membre du CA sortant du Conseil musulman, désapprouve également cette décision qui « déstabilise tout le processus, au moment même où le ministre de l’Intérieur s’inquiète de l’ingérence des Frères musulmans en Belgique auxquels cette situation pourrait permettre de reprendre du contrôle sur l’Organe représentatif. » Le responsable a souligné que « les grandes organisations turques (Diyânet et Milli Görüs) ont boycotté le processus de renouvellement au prétexte que le CMB serait illégitime. Bien qu’elles aient perdu tous leurs recours auprès du Conseil d’État qui a confirmé notre légitimité et la constitutionnalité de notre mise sur pied, elles ont persisté jusqu’au bout à ne pas interagir avec nous, préférant chercher l’oreille bienveillante du CD&V. »

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