Les Canadiens délaissent les produits américains et se tournent vers le Maroc

- 21h00 - Monde - Ecrit par : Farid Laamoudi

Le boycott des produits américains bouleverse durablement les supermarchés canadiens. Pour réduire leur dépendance envers les États-Unis, les distributeurs se tournent désormais vers cinq pays, dont le Maroc, tandis que la part des légumes américains recule.

Les produits frais provenant du Maroc, d’Afrique du Sud, d’Espagne, du Brésil et du Honduras remplacent une partie des marchandises habituellement importées des États-Unis, rapporte Reuters.

Ce changement intervient dans un contexte de guerre commerciale entre Washington et Ottawa. Lancé en 2025 après l’imposition de droits de douane américains sur les marchandises canadiennes, le mouvement en faveur des produits locaux et non américains s’est renforcé après l’échec des dernières négociations entre les deux pays.

Dans les supermarchés, les clients demandent désormais un affichage plus clair de l’origine des aliments. Certains commerçants ont même dû répondre publiquement à des consommateurs mécontents de trouver encore des fruits et légumes américains dans leurs rayons.

Sur Bladi.net : De l’Europe au Maroc, la mobilisation contre les marques américaines s’intensifie

Le Maroc figurait déjà parmi les pays sollicités lors du premier basculement des distributeurs canadiens vers des fournisseurs non américains. À l’époque, les poivrons marocains faisaient notamment partie des produits choisis pour remplacer certaines importations des États-Unis.

La part des légumes américains tombe à 62,6 %

La tendance est désormais mesurable. Les États-Unis représentaient 69 % des importations canadiennes de légumes en juillet 2023. Leur part est tombée à 62,6 % en juillet 2026, selon les dernières données gouvernementales citées par Reuters.

Les États-Unis restent de loin le premier fournisseur de produits frais du Canada, devant le Mexique. Mais leur position s’érode à mesure que les distributeurs sécurisent de nouveaux circuits d’approvisionnement.

Pour Gordon Dean, propriétaire d’une chaîne de magasins présente dans les zones rurales de l’Ontario et du Québec, les distributeurs ne se précipitent pas pour revenir vers les fournisseurs américains. Une fois établies, les nouvelles chaînes d’approvisionnement offrent une plus grande diversification et réduisent les risques liés à une dépendance excessive envers un seul pays.

Le changement pourrait donc survivre à l’actuelle crise politique. Gary Sands, vice-président de la Fédération canadienne des épiciers indépendants, évoque même une transformation durable de l’état d’esprit des consommateurs canadiens.

La géographie et le climat empêchent toutefois le Canada de remplacer toutes ses importations par une production nationale. Pendant l’hiver, les magasins doivent s’appuyer sur les serres, les légumes stockés et les marchandises venues de l’étranger. Cette contrainte ouvre de nouvelles possibilités aux producteurs marocains.

Ottawa prévoit parallèlement d’investir environ trois milliards de dollars canadiens sur dix ans dans les serres et les fermes verticales. L’objectif est d’augmenter la production intérieure tout au long de l’année et de réduire l’inflation alimentaire, qui reste parmi les plus fortes des pays du G7.

Sur Bladi.net : Les États-Unis menaçaient les produits marocains de 12,5 % : ils l’ont finalement fait

Les produits marocains bénéficient ainsi d’un double mouvement : le rejet grandissant des marchandises américaines et la volonté des distributeurs canadiens de diversifier durablement leurs fournisseurs. Il ne s’agit pas d’un remplacement total des États-Unis, mais d’une redistribution progressive des approvisionnements dans laquelle le Maroc gagne une place supplémentaire.