Ces Marocains qui terrorisent le monde

- 16h32 - Maroc - Ecrit par :

Cela devient une habitude, une appréhension, un cauchemar. À chaque attentat terroriste, quelque part à travers la planète, le nom d’un Marocain tombe sur le fil des agences internationales. Ce qui est ressenti comme une citation à comparaître non pas uniquement pour l’individu soupçonné ou réellement impliqué, mais pour l’ensemble de la communauté nationale.

Ce fut le cas pour le 11 septembre 2001 aux États-Unis, pour la succession d’attentats terroristes en Arabie Saoudite, pour le 11 mars 2004 à Madrid, l’assassinat du cinéaste hollandais à Amsterdam, ou la toute dernière, qui nous est tombée sur la tête telle une vraie-fausse blague de mauvais goût, et qui concerne les récentes attaques contre les transports publics de Londres, métro et bus.

Du moment que ce sont toujours des populations civiles qui sont visées dans cette guerre non déclarée, même si nous l’avons nous-mêmes subie un 16 mai 2003, à Casablanca, il en résulte comme un sentiment réel de gêne, voire une impression diffuse de culpabilité. On en vient à se demander si le Maroc n’est pas devenu la plaque-tournante du terrorisme intégriste au niveau mondial.

Si notre société n’est pas devenue, sous nos yeux, le principal pourvoyeur des réseaux d’illuminés, enfants spirituels de Ben Laden et de sa Qaïda, qui terrorisent le monde. En vérité, tout cela est à relativiser, sans faux-fuyants, mais sans excès d’auto-flagellation.

Deux jours à peine après le dernier carnage terroriste en date, celui de Londres, commis le jeudi 7 juillet 2005, un patronyme, doublé d’un visage copieusement orné d’une barbe afghane, est balancé sur tous les circuits d’information publics : Mohamed Guerbouzi.

L’émotion est grande dans cet univers british réputé aseptisé. En ce qui nous concerne, on se dit, zut, voilà encore l’un de ces fous de Dieu qui va rendre la vie plus difficile à nos MRE en Grande Bretagne, et le label Maroc sur nos passeports un peu plus suspect. D’où sort-il, encore, celui-là ? Et puis, s’il s’était présenté sous une autre nationalité, il nous aurait rendu un sacré service.

Il se trouve que c’est effectivement le cas sur ces deux registres. Installé à Londres depuis 1974, nationalisé en 1994, Guerbouzi est citoyen anglais à part entière. Lui et sa barbe ont pignon sur rue, adresse fixe et profession régulière. Tout comme il le déclare lui-même sur la chaîne Al Jazeera, pour se disculper. Les limiers de Scotland Yard se seraient-ils gourés ? Sur le chef d’accusation, peut-être, mais pas sur la nature de l’individu.

Les services marocains savent d’où sort ce Guerbouzi. Ils le suivent à la trace depuis l’affaire de la cellule dormante saoudienne qui projetait de torpiller des frégates américaines sur le Détroit de Gibraltar, en 2002. Mieux, il a été inculpé dans les attentats du 16 mai 2003 de Casablanca, et condamné à 20 ans de prison. Son pedigrée, la mouvance dans laquelle il baigne, ainsi qu’une demande d’extradition ont été transmis aux autorités anglaises. À temps, mais en vain.
Ce même scenario s’était répété il y a un an, avec le massacre de la gare de Madrid, le 11 mars 2004. Jamal Zougam, l’un des principaux mis en cause, avait été signalé à la police espagnole depuis juin 2003, comme élément intégriste dangereux. Là aussi en vain.

La liste des Marocains d’extraction, mêlés à des actes terroristes est évidemment longue. Elle est même difficilement exhaustive, même si l’on y inclut les Motassadek et Mzoudi, de la célèbre cellule de Hambourg, ainsi que Zacarias Moussaoui, tous trois suspectés d’avoir trempé dans les préparatifs de l’attaque du 11 septembre 2001 ; Brahim Hayari, récemment abattu à Ryad ; ou encore Mohamed Bouyeri, l’assassin du réalisateur néerlandais Théo Van Gogh.

Pour notre défense, s’il y avait lieu, on peut évidemment estimer que tous ces terroristes, s’ils sont d’origine marocaine, n’ont pas tous fourbi leurs armes d’intégristes violents au Maroc. La plupart d’entre eux sont issus de la deuxième ou troisième génération de l’immigration, avec tout ce que cela comporte comme problèmes d’intégration dans les pays d’accueil.

Ceci dit, il n’y a pas à s’en cacher, la nébuleuse intégriste est aussi née chez nous. Deux facteurs déterminants ont joué dans ce sens : La pauvreté et la raison d’État. Il n’y a pas de pilule magique contre la misère matérielle, une sorte de vaccin qui l’éradiquerait à jamais.
Surtout lorsqu’on ne dispose pas de rente pétrolière. Sur ce plan, le G8 pourrait faire un effort, au cas où il y aurait réellement une volonté de lutte contre le terreau du terrorisme.

Quant à la raison d’État, c’est de rafraichissement des mémoires qu’il s’agit. Ce ne sont évidemment pas les mêmes responsables, mais les services qui combattent l’intégrisme islamiste aujourd’hui, avec vigueur et détermination, sont ceux-là mêmes qui l’ont suscitée, sinon créée, au début des années soixante-dix.

L’islamisme avait été instrumentalisé pour endiguer une autre déferlante aux couleurs de l’époque, marxiste celle-là, jugée à haut risque pour la sécurité de l’Etat. Une surévaluation dictée par notre allié de toujours, en pleine guerre froide : l’Amérique.

La même Amérique qui a béni la naissance des premiers mouvements islamistes dans le monde arabo-islamique, pas uniquement pour combattre le marxisme, mais aussi le nassérisme, le panarabisme, le baâthisme et même les tendances progressistes, au sens littéral du terme, de la Résistance palestinienne. Depuis, la guerre froide s’est réchauffée sur le front intégriste, mais l’Amérique a-t-elle changé son fusil d’épaule ? Pas vraiment. Cela peut paraître curieux de la part d’une super-puissance touchée de plein fouet, le 11 septembre 2001, par ce même intégrisme terroriste.

Mais, c’est ainsi. L’Amérique continue de prêter l’oreille à des sirènes islamistes, un peu comme si à travers la CIA et son réseau de représentation diplomatique, elle s’entêtait à mettre deux fers au feu. Un dédoublement énigmatique qui n’est pas le seul au pays où la contradiction est un facteur de continuité en matière de politique étrangère.

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