Ceuta : Madrid voulait que Felipe VI appelle Mohammed VI, puis a renoncé
En pleine crise de Ceuta, le gouvernement espagnol a envisagé de faire appel à Felipe VI pour ouvrir un canal direct avec Mohammed VI. Un ministre a sondé la Maison royale sur l’opportunité d’un appel au souverain marocain. L’idée a finalement été écartée.
L’information est révélée ce vendredi par El País, qui dit l’avoir confirmée auprès de sources du gouvernement espagnol et de la Maison royale. Pedro Sánchez n’a pas directement demandé à Felipe VI d’appeler Mohammed VI, mais l’un de ses ministres a soumis cette possibilité à l’entourage du roi.
L’objectif était notamment de remercier le Maroc pour son attitude après les entrées massives des 30 et 31 juillet. Madrid estimait qu’un geste de Felipe VI envers Mohammed VI pouvait « aider », après la reprise par le Maroc d’une grande partie des personnes ayant regagné son territoire.
L’appel n’a pourtant jamais eu lieu. Selon le quotidien espagnol, la Maison royale a considéré qu’une intervention directe de Felipe VI pouvait être mal interprétée alors que la crise était encore loin d’être résolue.
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Felipe VI suit pourtant personnellement le dossier. Il a reçu le président de Ceuta, Juan Jesús Vivas, et s’est entretenu avec Pedro Sánchez, le président de Melilla Juan José Imbroda ainsi qu’avec le chef de l’opposition Alberto Núñez Feijóo. Un interlocuteur manque à cette liste : Mohammed VI.
Felipe VI pourrait encore appeler Mohammed VI
La possibilité n’est pas définitivement écartée. La Maison royale espagnole estime qu’un appel au roi du Maroc pourrait encore avoir lieu dans les prochaines semaines s’il devient « utile et raisonnable » et si le gouvernement de Pedro Sánchez juge le moment opportun.
Cette prudence s’explique aussi par la nature particulière des relations entre les deux souverains. Elles sont décrites comme cordiales, mais beaucoup moins directes que celles entretenues autrefois par Juan Carlos Ier et Hassan II. Les deux anciens souverains échangeaient fréquemment lors des crises entre Rabat et Madrid, alors que Felipe VI et Mohammed VI privilégient davantage les canaux institutionnels.
L’autre option étudiée reste une visite du roi d’Espagne à Ceuta. Felipe VI s’est déjà engagé à effectuer ce déplacement, mais son calendrier dépend du feu vert du gouvernement espagnol. Une visite particulièrement sensible pour Rabat : celle de Juan Carlos Ier en 2007 avait provoqué une grave crise diplomatique et le rappel de l’ambassadeur marocain à Madrid.
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Madrid se retrouve ainsi avec deux gestes royaux possibles et deux risques diplomatiques opposés : faire parler Felipe VI à Mohammed VI pour tenter d’apaiser la crise, ou envoyer le souverain espagnol à Ceuta au risque d’irriter Rabat. Pour l’instant, l’Espagne n’a choisi ni l’un ni l’autre.