Après Ceuta, Madrid prépare en coulisses son « plan B » pour mettre le Maroc sous pression

- 19h00 - Espagne - Ecrit par : Said A.

Officiellement, Madrid continue de vanter sa coopération avec Rabat. Mais selon RTVE, le gouvernement espagnol fait parallèlement étudier les leviers énergétiques qu’il pourrait utiliser pour dissuader le Maroc en cas de nouvelle crise migratoire.

Le contraste est saisissant. Le 30 juillet encore, en pleine crise à Ceuta, le ministère espagnol de l’Intérieur qualifiait d’« exemplaire » la coopération avec le Maroc, y compris dans le domaine migratoire. Fernando Grande-Marlaska remerciait les autorités marocaines pour leurs efforts afin d’empêcher les départs irréguliers. Le communiqué officiel du ministère insistait sur la coordination entre les deux pays.

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Moins de trois semaines plus tard, Madrid travaille pourtant sur un tout autre scénario. RTVE révèle que le gouvernement espagnol étudie un « plan de contingence énergétique contre le Maroc ». L’objectif serait de déterminer quels moyens de pression pourraient être utilisés si une nouvelle crise migratoire éclatait et que Madrid estimait Rabat impliqué dans son déclenchement.

Il ne s’agit pas, à ce stade, d’une décision de couper le gaz ou l’électricité au Maroc. Madrid veut d’abord savoir de quels leviers elle dispose et mesurer la dépendance du royaume aux infrastructures espagnoles. Des mesures qui auraient, selon RTVE, une fonction avant tout dissuasive.

Officiellement partenaire, potentiellement sous pression

Le choix de l’énergie n’a rien d’anodin. Dans un second sujet, RTVE affirme que 90 % du gaz importé par le Maroc passe par l’Espagne ou par ses infrastructures de regazéification avant de rejoindre le royaume. Les échanges électriques avec l’Espagne peuvent également couvrir, selon la télévision publique, jusqu’à 20 % de la consommation marocaine.

Le gaz acheté par le Maroc sur les marchés internationaux peut notamment être débarqué dans des terminaux espagnols, puis acheminé vers le royaume via le gazoduc Maghreb-Europe, utilisé en sens inverse depuis 2022. Autant de points de passage que Madrid veut désormais examiner sous l’angle du rapport de force.

La différence entre le discours public et les préparatifs en coulisses est nette. D’un côté, l’Espagne présente toujours le Maroc comme un partenaire indispensable et salue sa coopération migratoire. De l’autre, elle cherche déjà quels points de dépendance pourraient lui permettre de durcir fortement sa réponse lors d’une prochaine crise.

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Madrid ne menace donc pas aujourd’hui Rabat de fermer le robinet. Mais après Ceuta, elle veut savoir précisément quels robinets elle contrôle et jusqu’où elle pourrait s’en servir pour mettre le Maroc sous pression.