Sommet Madrid–Rabat : les avancées marocaines redistribuent les cartes

- 13h00 - Espagne - Ecrit par : Said A.

Les gouvernements espagnol et marocain se retrouvent ce jeudi à Madrid pour une Réunion de Haut Niveau (RAN) aux enjeux multiples. Si la coopération migratoire affiche des résultats spectaculaires, des zones d’ombre persistent, notamment sur la fluidité commerciale aux frontières terrestres, dans un contexte diplomatique marqué par les avancées de Rabat sur le dossier du Sahara.

Les autorités espagnoles abordent ce sommet en saluant l’efficacité de la lutte conjointe contre l’immigration irrégulière, écrit El Pais. Les chiffres du ministère de l’Intérieur sont éloquents : entre le 1ᵉʳ janvier et le 15 novembre, les entrées illégales en Espagne ont chuté de 41,5 % par rapport à l’année précédente. La baisse est particulièrement drastique aux Canaries, où les arrivées par voie maritime ont reculé de 63 %, avec 14 690 migrants recensés.

À lire : Mohamed Katir : « je ne suis pas un athlète marocain, je ne représente pas le Maroc »

Cependant, le tableau est plus contrasté ailleurs. Les arrivées aux Baléares ont bondi de 41,7 %, principalement depuis l’Algérie, tandis que les entrées à Ceuta et Melilla, notamment par voie terrestre, ont augmenté de plus de 40 % pour atteindre 3 380 personnes.

À lire : La plus belle femme d’Espagne est Marocaine (vidéo)

L’autre point de friction concerne les douanes commerciales de Ceuta et Melilla. Rétablies théoriquement en janvier dernier, elles n’ont pas donné les résultats escomptés. Les organisations patronales dénoncent un transit de marchandises « quasiment paralysé » par les restrictions. Les chiffres officiels présentés au Sénat confirment ce blocage : seulement 42 expéditions commerciales vers Ceuta et une seule expédition minuscule de 88 kilos via la douane de Tarajal ont été enregistrées. À Melilla, les volumes restent anecdotiques. La situation risque même de s’aggraver à court terme avec les travaux entamés par le Maroc à la frontière de Ceuta, qui provoquent déjà des retards de plusieurs heures.

Malgré ces blocages, la dynamique économique globale reste positive. L’Espagne s’est imposée comme le premier partenaire commercial du Maroc, avec des exportations atteignant 12,859 milliards d’euros en 2024. Madrid cherche désormais à encourager les investissements pour rattraper la France et les Émirats arabes unis sur ce terrain.

La rencontre, dirigée par Pedro Sánchez et Aziz Akhannouch, sera également l’occasion de signer des accords dans divers secteurs comme l’énergie, la numérisation et les sports, en vue de l’organisation conjointe du Mondial 2030. Rabat arrive à cette table de négociation renforcé par le récent succès diplomatique à l’ONU, où le Conseil de sécurité a soutenu son plan d’autonomie sans aucune opposition.

  • L'Espagne a-t-elle perdu la main face au Maroc ?

    La dernière Réunion de haut niveau entre Madrid et Rabat laisse un goût d'inachevé. Si quatorze accords ont été signés, l'essentiel des dossiers brûlants — souveraineté, eaux territoriales, douanes — a été (…)

  • Ceuta, Melilla, Sahara : l’Espagne sous pression marocaine

    Si le gouvernement espagnol ne cesse de répéter que les relations avec le Maroc traversent « le meilleur moment de leur histoire », la réalité de cette année 2025 est plus nuancée. Derrière l'absence de frictions, (…)

  • Le Maroc bloque les douanes de Sebta et Melilla

    Les entrepreneurs de Sebta et Melilla expriment leur ras-le-bol face à l'inaction des autorités espagnoles pour relancer les douanes commerciales. Ils pointent du doigt le manque de volonté du Maroc qui revendique (…)

  • Le Polisario lance un avertissement sévère à l’Espagne

    À la veille du sommet bilatéral à Madrid, le Front Polisario lance un avertissement sévère au gouvernement espagnol. L’organisation affirme que la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara n’est (…)

  • Les revendications marocaines qui inquiètent l’Espagne

    Fort des récentes avancées diplomatiques à l’ONU, le Maroc réclame la gestion intégrale de l’espace aérien du Sahara et de ses eaux maritimes. Cette démarche vise à clore le statu quo hérité de 1976 pour parachever (…)