Le Maroc bloque les douanes de Sebta et Melilla
Les entrepreneurs de Sebta et Melilla expriment leur ras-le-bol face à l’inaction des autorités espagnoles pour relancer les douanes commerciales. Ils pointent du doigt le manque de volonté du Maroc qui revendique les deux villes autonomes et les considère comme des territoires occupés.
L’activité des douanes commerciales de Melilla est paralysée depuis août 2018 que le Maroc a décidé de fermer unilatéralement ce poste. Après la reprise de leurs relations diplomatiques, Rabat et Madrid ont adopté en 2022 une feuille de route dont l’un des points clés était la réouverture des douanes de Melilla et la création d’un poste douanier à Sebta. Mais depuis lors, la situation n’a pas vraiment évolué. Plus de trois ans et demi après la lettre de Pedro Sanchez en faveur du plan marocain d’autonomie, le Maroc fait pression sur le gouvernement espagnol pour qu’il reconnaisse la marocanité du Sahara, comme l’ont fait les États-Unis et la France. Mais les autorités espagnoles évitent d’avoir une position claire sur cette question sensible pour le Maroc.
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Pendant ce temps, la colère monte dans les milieux d’affaires des deux villes autonomes. Les entrepreneurs déplorent la volonté des autorités marocaines de les étouffer économiquement depuis plus de cinq ans. Ils disent être à bout de cette situation qui les empêche d’exporter leurs marchandises vers le Maroc. Depuis la réouverture partielle des douanes de Melilla en janvier dernier, seulement 19 marchandises ont transité par ce poste, dont sept à destination du Maroc. A Sebta, 42 marchandises ont été enregistrées, selon la Confédération des entrepreneurs de Ceuta (CECE).
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Récemment, Enrique Alcoba, président de la Confédération des entrepreneurs de Melilla (CEME-CEOE), a dénoncé le fait que la douane commerciale, qui a fonctionné normalement dans cette ville depuis le traité de Fès de 1866 jusqu’à sa fermeture en août 2018, reste « hors service ». « Il n’y a pas eu une seule expédition commerciale significative. En théorie, il semble que la douane soit ouverte, mais face à cette incertitude et à cette insécurité juridique, aucun entrepreneur ne transporte de marchandises », a déclaré le président du patronat de Melilla, ajoutant que la situation actuelle n’est pas due à un « manque d’intérêt des entreprises », mais aux « conditions restrictives » imposées au transit des marchandises, qui limitent les échanges à « quelques secteurs, comme celui des appareils électroménagers ».
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Alcoba a exhorté le ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares, à défendre les intérêts des entrepreneurs de la ville autonome. Jeudi dernier, le président du gouvernement n’a pas évoqué la situation des douanes commerciales lors de sa visite à Ceuta. De leur côté, les autorités marocaines ont annoncé cette semaine le lancement des travaux de rénovation du poste-frontière de Bab Sebta qui devraient durer six mois. Cette réhabilitation viserait à faciliter le transit des véhicules entre Sebta et le Maroc.