L’Espagne a-t-elle perdu la main face au Maroc ?
La dernière Réunion de haut niveau entre Madrid et Rabat laisse un goût d’inachevé. Si quatorze accords ont été signés, l’essentiel des dossiers brûlants — souveraineté, eaux territoriales, douanes — a été soigneusement évité, illustrant un basculement géopolitique où l’Espagne semble désormais subir la loi d’un voisin marocain en pleine ascension stratégique.
L’Espagne a-t-elle perdu la main face au Maroc ? C’est la question qui hante les couloirs de la diplomatie espagnole et le journal espagnol El Economista. Le pays, autrefois partenaire incontournable, se voit progressivement relégué au second plan par les États-Unis, qui privilégient désormais l’axe Rabat pour leur stratégie en Méditerranée. Ce déclassement s’accompagne d’une montée en puissance militaire du Royaume, fortifiée par les Accords d’Abraham et une alliance étroite avec Israël. La perspective d’une base militaire conjointe à 40 kilomètres de Melilla et l’implantation de l’industrie de défense israélienne sur le sol marocain redessinent l’équilibre des forces, plaçant Madrid dans une posture défensive, voire de soumission.
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Ce nouveau rapport de force s’est cristallisé lors du récent sommet bilatéral, qualifié par certains observateurs de « semi-clandestin ». Malgré la signature de quatorze textes et d’une déclaration commune, les sujets qui fâchent ont été occultés. Aucune avancée concrète n’a été actée sur la réouverture effective des douanes commerciales de Ceuta et Melilla, au grand dam des entrepreneurs locaux qui dénoncent un blocus économique persistant, contredisant l’optimisme affiché par Pedro Sánchez.
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Plus inquiétant pour Madrid, le silence radio sur la délimitation des eaux territoriales. En validant implicitement l’intégration du Sahara, le gouvernement espagnol ouvre la voie à un conflit juridique majeur concernant la Zone Économique Exclusive (ZEE) au large des Canaries, que le Maroc souhaite étendre. Une bombe à retardement que La Moncloa a choisi d’ignorer pour l’instant.
Cette stratégie du profil bas alimente les spéculations en Espagne. De l’affaire d’espionnage Pegasus au financement espagnol d’infrastructures marocaines critiques — comme la méga-usine de dessalement ou les chantiers du Mondial 2030 — les concessions de Pedro Sánchez interrogent. Face à un Ryad Mezzour, ministre marocain du Commerce, qui avertit que « si l’Espagne se comporte bien, le Maroc se comportera bien », le silence de Madrid résonne comme l’aveu d’une diplomatie désormais sous contrainte.