L’Espagne « déclassée » ? un journal dénonce la passivité de l’armée espagnole face au Maroc
Drones israéliens, missiles américains et budget record : le Maroc mène une politique de défense ambitieuse. Ce plan global de réarmement bénéficie du soutien financier de l’Arabie saoudite et de l’expertise technique des États-Unis. Un nouveau statut militaire pour le Maroc qui interroge la passivité du gouvernement espagnol face à ces enjeux
Le Département de la Défense des États-Unis a validé la livraison de missiles air-air avancés AIM-120C-8 AMRAAM au Maroc, pour un montant de 88,37 millions de dollars. Cette transaction s’inscrit dans le cadre du renforcement des capacités militaires d’un allié majeur non membre de l’OTAN. L’administration américaine justifie cette décision par la volonté de soutenir la stabilité politique et le progrès économique en Afrique du Nord, tout en consolidant sa politique étrangère dans la région.
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Le journal espagnol El Economista souligne que cette annonce intervient alors que le Maroc et Israël ont intensifié leur coopération militaire. Cet accord, initialement signé en 2021, fait désormais du Royaume un client stratégique pour l’industrie de défense israélienne, incluant l’implantation d’usines de fabrication de drones sur le sol marocain. En parallèle, Rabat mène un plan global de réarmement estimé à 22 milliards de dollars, bénéficiant du soutien financier et technique des États-Unis et de l’Arabie saoudite.
Cette montée en puissance militaire suscite des inquiétudes au sein du commandement de l’armée espagnole. Les analystes militaires pointent les revendications marocaines sur Ceuta et Melilla, ainsi que sur les eaux territoriales des îles Canaries. En 2020, le Parlement marocain a redéfini sa zone économique exclusive (ZEE), créant un chevauchement avec l’extension du plateau continental demandée par l’Espagne. Cette situation génère des tensions latentes sur la délimitation des frontières maritimes entre les deux pays.
La publication critique la politique menée par le gouvernement de Pedro Sánchez, l’accusant de passivité face à ces enjeux souverains. Plusieurs décisions font l’objet d’interrogations, notamment la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, l’octroi d’un crédit de 250 millions d’euros pour une usine de dessalement au Maroc et le financement d’infrastructures pour la Coupe du monde 2030. Ces concessions interviennent dans un contexte marqué par l’espionnage du téléphone mobile du président espagnol via le logiciel Pegasus, dont l’origine reste officiellement non clarifiée.
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Sur le plan diplomatique, l’Espagne subit un déclassement au profit du Maroc, qui s’impose comme le partenaire stratégique privilégié des États-Unis en Méditerranée. Alors que Rabat a normalisé ses relations avec Israël via les Accords d’Abraham, le gouvernement espagnol a rompu ses liens avec des alliés clés de l’administration américaine, comme Israël et l’Argentine. Cette perte d’influence internationale coïncide avec le maintien du blocage des douanes de Ceuta et Melilla et la persistance des pressions migratoires vers les côtes espagnoles.