Gaz algérien vs alliance marocaine : le périlleux numéro d’équilibriste de l’Espagne
En quête de sécurité énergétique, le gouvernement espagnol relance officiellement ses relations avec l’Algérie, son fournisseur historique de gaz naturel. Ce rapprochement diplomatique montre la position inconfortable de Madrid, forcée de jongler en permanence entre ses impératifs économiques à Alger et son alliance stratégique récemment consolidée avec Rabat.
Ce jeudi, le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, se rend à Alger après des années de froid diplomatique. Comme l’analyse le média hispanophone Infobae, la rivalité historique entre les deux puissances maghrébines oblige constamment les pays tiers à un périlleux exercice de funambulisme. Si l’Espagne avait dernièrement fait le choix de s’aligner sur la position marocaine concernant le Sahara occidental, l’impérieuse nécessité de sécuriser ses approvisionnements énergétiques la pousse aujourd’hui à renouer le dialogue avec l’Algérie.
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Du côté de Rabat, le Maroc s’impose de plus en plus sur l’échiquier international, fort de ses alliances solides avec les États-Unis et Israël. Ce renforcement diplomatique éveille cependant certaines craintes en Espagne concernant de potentielles revendications territoriales sur les enclaves de Ceuta et Melilla. Le gouvernement de Pedro Sánchez, gardant en mémoire l’entrée massive de 10 000 migrants à Ceuta en 2021, veille à ménager son voisin marocain. Toutefois, cette nouvelle main tendue vers l’Algérie risque d’éloigner à nouveau les positions entre Madrid et Rabat.
L’enjeu de cette visite à Alger est en effet avant tout énergétique. Au programme de la journée figure une rencontre cruciale avec Mohamed Arkab, le ministre algérien des Hydrocarbures. L’Algérie s’est imposée comme le premier fournisseur de gaz naturel de l’Espagne durant trois années consécutives jusqu’en 2025. Bien que les États-Unis aient brièvement pris la tête des exportations en janvier 2026, l’objectif de Madrid est d’obtenir une augmentation des flux algériens à travers le gazoduc Medgaz, et ce malgré les récents affronts diplomatiques (la précédente rencontre de 2024 ayant été annulée seulement 12 heures avant la visite).
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Cette équation gazière montre une profonde différence de statut dans les relations espagnoles au Maghreb. Alors que l’Algérie demeure un fournisseur incontournable, le dégel diplomatique avec le Maroc a paradoxalement transformé le Royaume en un client majeur, devenu le deuxième acheteur de gaz espagnol derrière le Portugal au début de l’année 2026. L’Espagne se retrouve ainsi prise en étau, dépendante des ressources de l’un tout en devant préserver son partenariat avec l’autre, qui reste incapable de s’y substituer énergétiquement.