Une chute de skateboard, une annonce de Hassan II : l’histoire insolite d’un hôtel au Maroc
En 1989, un Britannique se blesse en faisant du skateboard avec son fils. Immobilisé à l’hôpital, il découvre une annonce du roi Hassan II encourageant les investissements au Maroc. Quelques années plus tard, une kasbah abandonnée du Haut Atlas devient un établissement hôtelier réputé, aujourd’hui célébré par le Financial Times.
Tout commence par une mauvaise chute de skateboard à Londres. En 1989, Chris McHugo tente de suivre son fils Matthew sur une planche à roulettes. L’expérience se termine à l’hôpital de Dulwich, la jambe immobilisée. Pour tromper l’ennui, le Britannique feuillette le Financial Times et tombe sur une annonce du roi Hassan II. Le souverain marocain promet de lever les obstacles administratifs qui freinent les investissements étrangers dans le royaume. Chris y voit immédiatement une occasion.
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Quelques mois plus tard, remis de sa blessure, il accompagne son frère Mike et leur mère au Maroc. Destination : Imlil, un village du Haut Atlas où Mike organise depuis des années des randonnées. Sur place, ils retrouvent Omar Aït Barmed, un guide de montagne surnommé Hajj Maurice, devenu un proche de la famille.
Depuis la maison du guide, les deux frères contemplent les ruines d’une ancienne résidence de caïd, perchée au-dessus de la vallée. Mike connaît le bâtiment depuis longtemps, mais n’a jamais sérieusement envisagé de l’acheter. Il n’en reste presque rien : un toit effondré et quelques pans de murs. Chris, lui, repense à l’annonce royale découverte à l’hôpital. « Pourquoi ne pas chercher à qui appartient le terrain et essayer de l’acheter ? », propose-t-il.
L’idée paraît simple. Sa réalisation prendra près de cinq ans. Il faut retrouver les nombreux propriétaires du terrain, négocier son acquisition et surmonter les formalités administratives. Les frères McHugo bénéficient de l’aide déterminante d’Omar Aït Barmed, qui participe aux négociations et deviendra leur associé. L’histoire, racontée dans une publication de la Kasbah du Toubkal datant de 2015, révèle que les démarches ont été bien plus longues que prévu malgré les nouvelles dispositions destinées à faciliter l’investissement.
D’une ruine abandonnée à un établissement réputé
Les travaux commencent finalement en 1995. Les ouvriers d’Imlil reconstruisent l’ancienne demeure avec des matériaux locaux, selon les techniques traditionnelles. Tout doit être transporté à la main ou à dos de mulet. L’électricité n’est arrivée dans cette région qu’en 1997. L’architecte britannique John Bothamley accompagne le chantier en veillant à préserver l’apparence de la kasbah.
L’établissement ouvre en octobre 1995, d’abord comme centre d’accueil pour groupes scolaires. Les chambres confortables et les prestations haut de gamme viendront progressivement. Dès l’année suivante, le réalisateur Martin Scorsese choisit les lieux pour son film « Kundun », consacré au dalaï-lama. La kasbah est temporairement transformée en monastère tibétain pour les besoins du tournage.
Trente et un ans après son ouverture, le Financial Times consacre ce samedi 17 octobre un nouveau reportage à cet établissement perché au-dessus d’Imlil. Le journaliste britannique raconte son arrivée après une marche à travers les noyers, les terrasses dominant la vallée et les excursions dans les villages voisins. La kasbah est devenue une étape recherchée par les voyageurs qui souhaitent découvrir les montagnes du Toubkal et les villages amazighs.
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Le parcours de l’établissement a également été marqué par le séisme de septembre 2023. Mike McHugo se trouvait sur place avec son frère lorsque les premières secousses ont frappé. La partie historique du bâtiment a subi d’importants dégâts, mais les chambres plus récentes ont mieux résisté. Aucun client ni membre du personnel n’avait été blessé, avait alors raconté le Britannique.
La kasbah poursuit parallèlement ses activités avec les habitants de la vallée. Une contribution prélevée sur les séjours soutient des projets locaux, notamment la gestion des déchets, les services de secours et l’éducation. Le reportage du Financial Times met particulièrement en avant les internats permettant aux jeunes filles des villages isolés de poursuivre leur scolarité, loin des sentiers touristiques du Haut Atlas.