La crise financière internationale augmente le risque Maroc

- 23h25 - Maroc - Ecrit par : L.A

Les soubresauts que connaît le marché boursier international ont déjà commencé à produire quelques impacts négatifs sur le Maroc, certes limités pour l’instant à la sphère financière. Deux situations, en particulier, illustrent ces retombées négatives, selon Chakib Erquizi, directeur de la banque des marchés d’Attijariwafa bank. Il y a d’abord la hausse de la prime de risque attachée à la dette marocaine. La dernière émission du Trésor pour 500 millions d’euros (5,5 milliards de DH) sur 10 ans a été réalisée l’été dernier avec un spread de 50 à 60 points de base. Aujourd’hui, cette prime de risque est passée à plus de 150 points de base. Autrement dit, commente M. Erquizi, « la perception du risque Maroc a plus que triplé ».

Dans le même ordre d’idées, ajoute-t-il, BMCE Bank, qui s’apprêtait à émettre un emprunt subordonné afin de renforcer ces fonds propres, n’a pas réussi à boucler l’opération en raison, justement, de la réticence des investisseurs pour tout actif lié au crédit.

L’appétit des investisseurs pour le Maroc pourrait diminuer
Plus généralement, sur l’ensemble de l’année 2007, il faut dire que les primes de risques assorties aux titres obligataires émis par les pays émergents ont progressé de 70 points de base, affectés - déjà ! - par la prudence « accrue » des investisseurs face aux tensions qu’ont connues les marchés financiers internationaux, note le ministère des finances.
Il y a ensuite, sur le marché des actions, une dépréciation de l’action Maroc Telecom. La valeur de l’action de cet opérateur des télécommunications, indique M. Erquizi, accuse une différence de 6 à 7% entre le marché marocain et le marché européen.

La crise financière a-t-elle pour autant épuisé tous ses effets - du moins sur le Maroc ? Ce n’est pas sûr. Tout dépendra de l’impact que cette crise produira sur la croissance dans le monde, mais surtout en Europe, principal partenaire du Maroc. D’ores et déjà, la France, premier partenaire commercial du Maroc, paraît doublement affectée : par la crise de la Bourse mais aussi par l’immense fraude qui a touché sa troisième banque, la Société Générale. Le moral des ménages, selon la toute dernière enquête réalisée à ce sujet en début de semaine, est au plus bas. La consommation, moteur principal de la croissance en France, devrait donc ralentir. Si cette lame de fond se propage à toutes les économies européennes, la demande qui sera adressée au Maroc s’en ressentira bien évidemment. Car, il faut rappeler ici que les deux tiers du commerce extérieur du Maroc sont réalisés avec le Vieux continent. Déjà, sur les onze premiers mois de 2007, la demande étrangère adressée au Maroc a pâti d’une décélération de l’économie mondiale, ce qui s’est traduit par une timide progression des exportations : 8% au lieu de 17,8% une année auparavant. Bien sûr, l’essoufflement des exportations marocaines s’explique aussi par d’autres facteurs (dont la faible valeur ajoutée qu’elles contiennent), mais le retournement de la conjoncture chez les principaux partenaires accentue cette morosité.

D’autres canaux de transmission de la crise existent cependant, par lesquels le marasme peut atteindre le Maroc : l’investissement étranger, par exemple. « L’appétit des investisseurs étrangers pour le Maroc devrait en effet être affecté, mais pas beaucoup », estime Chakib Erquizi. Celui-ci évalue ce repli à 25 % tout au plus.

Avec l’intervention de la Banque centrale américaine (Réserve fédérale), au moyen de la baisse de son principal taux directeur (de 75 points de base), et la possibilité qu’elle consente une nouvelle baisse dans les jours qui viennent, les marchés retrouveront-ils des couleurs ? Même si les marchés venaient à sortir de la crise à la suite de la baisse des taux directeurs, le problème de fond demeurerait posé. Car de quoi s’agit-il ? Plus que de gérer une crise financière par des moyens strictement monétaires (ce que ne semble pas cautionner au demeurant la Banque centrale européenne, dont le président refuse de baisser les taux d’intérêt), ce à quoi appellent de nombreux économistes, et même des hommes politiques, c’est à une plus grande transparence et une régulation appropriée du système financier, aussi bien à l’échelle mondiale que nationale.

C’est d’ailleurs autour de ces questions que s’est tenu mardi 29 janvier, à Londres, un mini-sommet européen consacré à la crise financière mondiale, sur fond de fraude à la Société Générale. Mais, déjà, des divergences sur le degré de régulation à introduire dans le système divisent les Européens eux-mêmes, suivant qu’ils sont latins (Français et Italiens) ou anglo-saxons ; les premiers voulant renforcer la régulation, les seconds étant plutôt contre.

Il n’est pas étonnant que la cette crise ait pris racine aux Etats-Unis, avec l’affaire des subprimes, ces crédits à risque qui ont mis par terre nombre d’institutions bancaires spécialisées, avant de se transformer en crise internationale. Au fond, toute la question est là : pourquoi accorder des crédits à une clientèle peu solvable, en lui appliquant qui plus est des taux d’intérêt élevés ? La prise de risque, c’est proprement américain, c’est presque culturel, on le sait. Sauf que, dans ce cas d’espèce, le risque n’engage pas que celui qui le prend mais met en péril tout un secteur, toute une économie et même des institutions de grande taille en dehors des USA.

Quand la finance devient quasiment un jeu (de spéculation) où l’on peut se faire des fortunes en un clic ou se ruiner et ruiner les autres en un autre clic, au moment où de vrais entrepreneurs mettent des générations pour grandir et créer de la richesse, la vraie, il y a forcément problème, et même plus que cela.

La vie éco - Salah Agueniou

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