Crise internationale : Le Maroc résistera-t-il ?

- 10h42 - Maroc - Ecrit par : L.A

Crise, encore et toujours. Les opérateurs économiques marocains n’en finissent pas de l’examiner sous toutes les coutures. La thématique a encore constitué le fil conducteur de la conférence-débat organisée, jeudi 18 décembre, par l’Association des MBA du Maroc. « L’économie marocaine saura-t-elle résister à la crise financière ? Certains discours officiels rassurent alors que les opérateurs sont plus pessimistes.

Où se trouve la vérité ? », s’interroge Bachir Baddou, président de l’AMM et DGA de la Compagnie d’assurance transport (CAT). Croissance soutenue, petite surchauffe sur certains secteurs, taux d’endettement public enviable, amélioration des finances publiques… Les intervenants en conviennent, ils n’ont pas de boule de cristal pour prédire l’horoscope de l’économie marocaine en 2009, mais ils ont quand même avancé des pronostics.

Pour Arroub Ramsès, PDG de Wafa Assurance, les ingrédients de la crise financière se résument à ce constat : « un argent abondant, avec du volontarisme politique pour faire face à la crise conséquence du 11 septembre, à l’éclatement de la bulle internet ; de l’imagination financière à travers la restructuration des crédits permettant à des ménages, sans revenus, d’accéder à la propriété... ».

« Si l’indicateur précurseur des crises antérieures consistait en la faible évolution des revenus par rapport aux crédits ; aujourd’hui, il consiste en la valeur du bien acquis sur le marché », explique Larbi Jaidi, membre du comité scientifique du Centre marocain de conjoncture (CMC).

Quel impact sur l’économie marocaine ? « Il y a des mécanismes institutionnels qui mettent le Maroc à l’abri de manière structurée et presque organique. Les banques marocaines, lorsqu’elles prennent un risque en prenant un crédit, continuent à le porter jusqu’à la fin du crédit.

Il y a très peu de titrisation : environ 2 milliards de dirhams sur un encours de 300 à 400 milliards ». Un autre avantage aussi aux yeux du patron de Wafa Assurance : contrairement aux brokers externes, aux Etats-Unis, le responsable du crédit, au Maroc, est un salarié de la banque. Il reste comptable de la qualité des crédits qu’il vend. Au niveau du crédit immobilier, le plafonnement à 40% du taux d’endettement est aussi un garde-fou salvateur pour les banques.

Toutefois, Ramsès situe les impacts indirects « au niveau des principaux moteurs où le Maroc interagit avec l’international : le tourisme, les transferts des MRE, les IDE, certaines exportations. Mais pour le conférencier, « cette perspective est assez lointaine ». Concernant les prévisions économiques pour 2009, « le scénario le plus probable est celui d’une crise de moyen terme, avec peut-être une croissance négative ». Pour ce dernier, « l’année prochaine sera marquée par une stabilité de la croissance, sinon une petite baisse de 1 à 1,5% ».

Les retombées de la crise financière sur l’économie marocaine ont également été jaugées à l’aune du commerce extérieur par Mohammed Benayad, SG du Conseil national du commerce extérieur (CNCE). « Pour ce qui est de l’habillement (28% des exportations) ; au niveau de l’Espagne et du Royaume-Uni, il présente déjà un ralentissement important alors qu’en temps normal, la fin d’année est une période de suractivité dans ce secteur. Et en ce moment, le secteur est dans une configuration de restes de commandes. Mais c’est l’habillement de luxe qui sera affecté. Concernant les phosphates (16% des exportations), la demande et les prix resteront probablement stables.

Les produits alimentaires ne seront pas trop affectés. « Même en période de crise, on mange ! » Pour les produits agroalimentaires, (14% des exportations), la demande pour les fruits et légumes de base restera stable. Leurs ventes à l’étranger ne risquent pas de connaître des chutes considérables. Par contre, certaines niches, comme les conserves de luxe, de fruits hors saison, des impacts plus importants pourraient survenir ».

Et enfin, en ce qui concerne les produits électriques et électroniques (13% des ventes à l’extérieur), les exportations dans ce secteur dépendront de marchés spécifiques pour lesquels les multinationales destinent leur production. Les prévisions annoncent des baisses importantes de la demande. Concernant le tourisme, l’impact se situera au niveau des destinations de luxe.

Sélectivité

Loin de tout défaitisme, Bassim Jai Hokimi, président d’Atlamed, voit une chance dans le contexte de la crise financière. « Il y a peut-être aussi des opportunités ou des adaptations dans nos comportements d’investisseurs. Je pense qu’il y aura un accroissement des impératifs de spécialisation et de sélectivité. Ne pas se positionner sur des produits de masse à faible valeur ajoutée ni trop en pointe ». En clair, il faut trouver un bon créneau dans la technologie à valeur ajoutée intermédiaire.

Jai Hokimi estime, par exemple, que « les centres d’appels pourraient développer des prestations, faire de l’analyse, du BPO... Concernant l’immobilier, il y a certainement un problème de positionnement. Au niveau du logement intermédiaire, il y a encore d’autres opportunités à prendre. L’agroalimentaire présente aussi d’excellentes opportunités, mais ses créneaux doivent être plus liés à l’agriculture ».

Source : L’Economiste - Hassan El Arif

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