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Crise : Pourquoi le Maroc résistera

1er décembre 2008 - 09h14 - Economie

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« Dire que l’on est à l’abri de la crise internationale est un non-sens… mais cela ne veut pas dire que le Maroc va déprimer ». La phrase lâchée par le Pr. Habib El Malki donne le ton. C’était dans les coulisses de la 19e rencontre annuelle du Centre marocain de conjoncture (CMC) avec les entreprises partenaires (BMCE Bank, Banque Populaire, OCP, Maroc Telecom, CDG, CNIA Assurance, RAM, Addoha, CNSS, OFPPT, Fédération des PME, OMP et L’Economiste).

L’organisme indépendant dont l’ancien ministre USFP est le président tient en effet à prendre part au débat autour de l’impact de la crise internationale sur l’économie marocaine. C’est d’ailleurs sous ce thème que la rencontre du mercredi 26 novembre 2008 a été tenue. Bien qu’il soit encore hasardeux de calculer l’effet des pluies de cet automne, les experts du CMC pensent que la croissance agricole sur-compensera les pertes de la crise mondiale. Les prévisions actuelles du CMC sont basées sur une récolte de 60 millions de quintaux, soit 10 millions de plus qu’en 2008. Cela n’intègre donc pas les possibles croissances dues à la pluie… surtout celle de mars 2009.

Il ressort des analyses du CMC que cette crise aura un effet certain sur la croissance du Maroc. Ses calculs économétriques montrent que la perte sera de l’ordre de 1,5 à 2 points de pourcentage du PIB à long terme. « Dans l’immédiat, la perte sera plutôt de 1 point », précise le Pr. M’hammed Tahraoui, membre du comité scientifique du CMC. L’immédiat pour lui correspond à un délai de 3 à 4 mois. Ce scénario est probable si « les acteurs concernés ne font rien pour renverser la tendance », explique Tahraoui. Or, il est inconcevable que les agents économiques restent les bras croisés, dit-il. Cela signifie donc que l’impact sera beaucoup plus limité que ce qui est avancé a priori par les experts du CMC. C’est ce que semble confirmer Brahim Benjelloun Touimi, administrateur directeur général de BMCE Bank, en insistant que « les opérateurs n’ont pas l’intention d’ajourner leurs décisions d’investissement ». « Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser entendre qu’il y a une crise de confiance au Maroc », martèle-t-il.

En tout cas, pour fin 2008, les prévisions du Centre tablent sur une croissance de 5,1%. Le CMC revoit ainsi à la baisse son propre chiffre de 5,7% avancé en juillet dernier. C’est un chiffre qui est aussi très en deçà de l’objectif officiel de 6,8% que défend encore mordicus Salaheddine Mezouar, ministre des Finances, ou encore celui de 6,5% du Premier ministre Abass El Fassi. Quoi qu’il en soit, 5,1% ce n’est pas mal du tout lorsque l’on voit ce qui se passe dans le monde. C’est donc grâce à l’agriculture que la casse sera limitée au Maroc ! Selon le CMC, le secteur primaire affichera une croissance de 10% à fin 2008. Cela compensera la baisse des secteurs secondaire et tertiaire. Le premier passerait en effet d’une augmentation de 6,6% en 2007 à seulement 4,5% en 2008, soit une baisse de 2,1 points. Pour le secteur tertiaire, le ralentissement serait de 1,7 point de pourcentage à seulement +4,4% à fin 2008. « Le coup de froid de ces deux secteurs va se poursuivre en 2009 », projettent les experts du CMC. La croissance serait ainsi de 4,4% pour les activités secondaires et de seulement 3,7% pour le secteur tertiaire. Mais l’agriculture, elle, continuerait sur sa lancée en 2009 pour finir l’année en beauté avec une super-performance de 15,6%.

Le CMC intègre le fait que l’on assiste à un début de campagne agricole plutôt prometteur. Mais, vu le caractère extrêmement imprévisible des conditions climatiques, la super-performance escomptée risque de ne pas être au rendez-vous. « Mais, rien qu’avec les pluies d’automne l’amélioration reste significative », précise le CMC. Quant à la croissance du PIB, elle serait de 5,4% en 2009, en timide amélioration, mais amélioration quand même, par rapport à 2008.

Les baisses prévues dans les secteurs primaire et secondaire sont dues, selon le CMC, à l’impact de la crise financière internationale. La crise n’entrera pas par la fenêtre du système financier mais bel et bien par la porte de l’économie réelle. Le Centre recense 4 portes d’entrées principales : la demande extérieure adressée aux secteurs exportateurs, le tourisme, les IDE et les transferts des MRE.

Statistiques, un organe commun

Les divergences de statistiques entre différents organes de prévisions sont techniquement logiques, mais très critiques pour l’opinion publique… qui s’en moque. Il serait donc bon de les rendre le plus compréhensible possible en faisant bien connaître les méthodes et les hypothèses. « Pourquoi ne pas créer un organe de concertation et de suivi dans le domaine de la conjoncture ? ». C’est le vœu que formule Habib El Malki à l’occasion de la rencontre entre le CMC et ses partenaires. Cet organe comprendrait en plus du CMC, le HCP, Bank Al-Maghrib et le gouvernement. « Cela ne va certainement pas uniformiser notre manière de faire, mais cela servira à rapprocher les points de vue », explique El Malki.

Source : L’Economiste - Nabil Taoufik

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