La crise en Europe produit ses premiers effets au Maroc

- 13h07 - Maroc - Ecrit par : L.A

L’économie marocaine ne s’en sort pas trop mal pour le moment, surtout dans un contexte marqué par de fortes turbulences, notamment sur son principal marché, l’Union européenne. La croissance prévue à 6,8% au terme de l’année 2008 ne devrait pas baisser à la fin de l’exercice.

Les données disponibles sur les comptes nationaux arrêtés à fin juin 2008 montrent en effet que l’activité économique a été marquée par la réalisation d’un taux de croissance de 6,5%. Mais, entre-temps, la crise s’est aggravée et son impact sur le Maroc, en particulier sur les secteurs tournés vers l’extérieur, n’est pas négligeable. L’indice de la production industrielle, énergétique et minière, publié par le Haut commissariat au plan (HCP), il y a quelques jours, confirme la baisse de la production dans nombre de secteurs tournés vers l’export.

C’est le cas de l’industrie textile qui affiche, pour le 3e trimestre, une décrue de 3,7%, et de celle des articles d’habillement et fourrures, avec - 4,5%. Le repli est plus accentué pour les industries des cuirs, articles de voyages et chaussures, qui frôlent les 9% de diminution de la production. La baisse a aussi touché la production minière (- 2,9%), résultat de la diminution des produits divers des industries extractives (-3,1) dont les phosphates (- 2,4%).

Même les transferts de devises des MRE stagnent...

Ces données reflètent la situation à la fin du troisième trimestre. Mais on sait bien que c’est justement à partir de cette date que la crise s’est accélérée, en Europe notamment. Avec le ralentissement de l’activité, voire l’entrée quasiment dans la récession de certaines économies, on assiste à un effondrement de la consommation, ce qui ne manquera pas de se traduire par un recul encore plus prononcé de la demande étrangère adressée au Maroc.

Certes, les impacts significatifs apparaitront surtout en 2009, mais certains effets sont déjà là. En effet, outre les indications (encore partielles) données précédemment, le secteur des services, dans sa composante tourisme, est affecté. A fin octobre dernier, les nuitées avaient baissé de 2,4%, par rapport aux 10 premiers mois de 2007, et les recettes de voyages ont reculé de 1,5%.

Le nombre de touristes enregistrés entre janvier et octobre 2008 (dont près de la moitié sont des MRE) n’a progressé que de 6,3% à 6,7 millions, contre une évolution de 13,6% entre les mêmes périodes de 2006 et 2007. Il n’y a évidemment pas de baisse, mais il y a tout de même un fort ralentissement du rythme des arrivées touristiques. Une tendance qui a toutes les... chances de se poursuivre en 2009, selon les projections de nombre d’instituts de prévision.

L’impact de la crise est également visible dans les envois de MRE (Marocains résidents à l’étranger), lesquels n’ont enregistré aucune évolution, alors que les investissements et prêts privés étrangers ont, eux, baissé de 16,8% (voir La Vie éco du 12 décembre 2008).

Les comptes extérieurs malmenés

Inutile de rappeler que cette situation impacte négativement les comptes extérieurs du Maroc. Le déficit de la balance des biens continue de s’aggraver (-142,8 milliards de DH, en hausse de 28% par rapport à la même période de 2007) et, fait significatif, 60,3% du déficit est réalisé avec l’Europe. On peut dire que, sans les exportations de phosphates, le déficit aurait été encore plus important (il l’est déjà).

Même si la production de phosphates a diminué, les prix sur le marché international ont, eux, explosé : + 250,8% pour les phosphates, + 249,2% pour l’acide phosphorique et 140,4% pour les engrais naturels et chimiques. Du coup, les produits phosphatés représentent désormais 36% de la valeur totale des exportations (contre 17,8% un an auparavant).

Le compte des transactions courantes, qui a renoué avec les déficits d’avant 2001, pourrait enregistrer à la fin de l’année un solde largement déficitaire. Déjà, sur le premier semestre, le déficit a été de 15 milliards de dirhams. Tout cela pèsera, in fine, sur la balance des paiements dont le solde n’a été excédentaire, au terme des six mois de 2008, que de 3 milliards de dirhams !

Cependant, il est essentiel de rappeler que la croissance marocaine est surtout tirée par la demande intérieure (investissement et consommation). Et là, les indicateurs ne sont pas si mauvais ! Ils indiquent même des évolutions favorables. Les crédits à la consommation ont progressé de 32%, les crédits à l’équipement de 34,1% et ceux destinés à l’immobilier de 48%.

Par ailleurs, les importations de biens d’équipements industriels ont augmenté de 28,1%, ce à quoi il faut ajouter les investissements du Budget de l’Etat (29,6 milliards de dirhams à fin octobre), ainsi que les nombreux projets (une quarantaine) validés par la Commission interministérielle des investissements totalisant un montant de 36,6 milliards de dirhams.

Certes, avec une inflation de 3,9%, les gains en termes de revenus découlant du dialogue social peuvent paraître insuffisants. Mais, quand on observe les hausses de production de meubles et d’industries diverses (+ 18,4%), de produits chimiques (+ 10,8%), etc., il est clair que la consommation se maintient.

Mais la crise n’a pas épuisé tous ses effets, et c’est en 2009 que la facture sera un peu plus lourde ! Dans le projet de Loi de finances pour 2009, le gouvernement, optimiste, prévoit une croissance de 5,8%. Vu la tournure que prennent les événements dans les principaux pays partenaires du Maroc, beaucoup doutent sincèrement de la possibilité de réaliser une telle prévision.

D’autant que l’année 2008 a été plutôt bonne et qu’il est toujours difficile de cumuler deux exercices successifs de forte croissance. Pour autant, la progression du PIB en 2009 devrait rester élevée (4,8% selon certaines estimations), surtout que le secteur primaire, avec l’abondance des précipitations, devrait se comporter favorablement. Avec une stabilisation à des niveaux acceptables des prix des matières premières, et un budget de relance de la consommation (une enveloppe de 44 milliards de dirhams consacrée à cet objectif), tout reste possible...

Source : La vie éco - S.A.

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