50.000 emplois déjà perdus dans le textile, 70.000 autres menacés

- 16h31 - Maroc - Ecrit par : L.A

C’était prévisible : la crise économique internationale ne pouvait pas manquer d’affecter l’économie marocaine, après avoir sévi là où elle est née, c’est-à-dire en Occident. Et l’on savait que les secteurs tournés à l’export étaient particulièrement exposés. Désormais, des éléments existent qui confortent les appréhensions formulées par les prévisionnistes, notamment.

Ainsi, le textile et habillement, secteur-clé de l’industrie nationale, a perdu pas loin de 50.000 emplois (47.761 exactement) sur l’année 2008, selon une toute récente enquête menée par la ministère de l’emploi. Et encore ! Il ne s’agit là que des emplois perdus par les 715 unités membres de l’Association marocaine de l’industrie du textile et de l’habillement (Amith), soit 44,4 % de l’ensemble des entreprises du secteur. Mais en même temps, ces entreprises-là constituent l’essentiel du secteur, en termes de création de richesse, et aussi, très important, de conformité sociale.

En conséquence de quoi, la masse salariale de ces unités, sur les dix premiers mois de 2008 (les données sur novembre et décembre ne sont pas encore arrêtées), a baissé de 15,5%, passant de 339,5 millions de dirhams à 286,8 millions entre janvier et octobre 2008. Et ce n’est pas tout : les professionnels estiment à 70.000 le nombre d’emplois qui pourraient disparaître, cette fois dans l’ensemble du secteur, dans les prochains mois.

Rappelons ici que lors de son conseil d’administration du 20 décembre 2008, l’Amith avait tiré la sonnette d’alarme en notant « une baisse inhabituelle de l’activité et de la visibilité », et en prévoyant une baisse de 10% des exportations. Bien plus, le conseil d’administration estime que « le choc provoqué par ce marasme sera profond et durable. Il s’étalera, selon les hypothèses les plus optimistes, sur la totalité de l’année 2009. Ses répercussions seront générales et affecteront particulièrement les unités exportatrices au niveau de toutes les régions, sans distinction de taille, d’activité ou de structure ». Et de fait, même de grosses unités ont dû réduire leurs effectifs, selon les données de la CNSS.

Les activités non agricoles sont en perte de vitesse

En réalité, si le textile et l’habillement est pour le moment le secteur le plus touché (sa vulnérabilité étant proportionnelle à son poids dans les exportations), il n’est pas le seul évidemment. L’industrie automobile, également, subit déjà les premières retombées de la déconfiture du secteur à l’échelle internationale. Les dégâts ne sont pas encore quantifiés, mais ce qui est sûr c’est que les équipementiers, dont la quasi-totalité travaille pour des constructeurs automobiles internationaux, sont durement affectés pour la plupart. Certains réduisent leurs prix, d’autres taillent dans les effectifs, et d’autres encore mettent tout simplement la clé sous le paillasson (c’est le cas d’un d’entre eux installé à Berrechid). Néanmoins, tous ne perdent pas espoir de rebondir, scrutant chaque jour les plans de soutien que les gouvernements occidentaux sont en train de mettre sur pied au profit de l’industrie automobile.

Plus généralement, toutes les activités non agricoles sont en perte de vitesse en termes de croissance. Ceci résultant principalement de la contraction de la demande étrangère adressée au Maroc, suite au repli de l’activité dans les principaux pays acheteurs de produits marocains (l’Espagne et la France, par exemple, absorbent 70% des exportations de textile habillement marocain). Selon les derniers chiffres du Haut commissariat au Plan (HCP), la demande étrangère de biens adressée au Maroc n’a progressé que de 2,8% au troisième trimestre de 2008 (début d’apparition des effets de la crise) contre 9% un an plus tôt. Et cette tendance, prévoit le HCP, pourrait se prolonger au premier trimestre de 2009, avec un taux d’accroissement ne dépassant pas 2%. Même les ventes de phosphates et dérivés, après une forte hausse au premier semestre 2008, ont chuté sur les derniers mois de l’exercice.

Globalement, l’industrie n’a crû que de 2,8%, très en deçà de sa tendance de moyen terme, par suite de l’atonie de l’industrie textile et de l’habillement et de l’électronique, comme le montre la baisse des exportations de la confection (-7% déjà en septembre dernier), de la bonneterie (-16%) et des composants électroniques (-23,5%).

Les activités de construction et, par suite, les ventes de ciment, en chute

Bien évidemment, le secteur touristique n’a pas et ne pouvait pas échapper à ce marasme général : même avec l’amélioration des nuitées des touristes résidents, les nuitées globales ont baissé de 2,3% sur les onze premiers mois de 2008, tandis que le taux d’occupation s’est contracté de 4 points, selon la note de conjoncture du HCP de janvier 2009.

Cette baisse de l’activité apparaît également au niveau de la production d’électricité qui, à partir du troisième trimestre, a vu son rythme se replier.
Mais l’économie n’est pas une activité compartimentée ; c’est un ensemble qui se tient. Lorsqu’un ou plusieurs secteurs sont affectés, c’est toute la machine qui se grippe. Avec certes des degrés de gravité, selon qu’il existe ou pas d’autres secteurs à même de ralentir quelque peu le mouvement de baisse.

Ainsi, contrairement à ce que l’on aurait tendance à penser, la contre-performance des secteurs exportateurs n’est pas allée sans impacter des activités pourtant tirées par la demande intérieure. C’est le cas en particulier des activités de construction. Après une croissance de 10,7% au deuxième trimestre, cette dernière a perdu 2 points au quatrième trimestre (8,7%). Très logiquement, les ventes de ciment, qui ont enregistré une évolution de 13,5%, n’ont crû que de 3,8% sur les mêmes périodes. Selon les confidences d’un cimentier, les ventes de ciment en janvier 2009 sont « catastrophiques ».

Conscients de cette situation, les pouvoirs publics sont en train de mettre au point des mesures de soutien à la fois aux industries affectées (on parle d’un plan pour les exportateurs) et, si tout va bien, aux salariés ; en particulier ceux qui, en raison même de cette crise, ont perdu ou risquent encore de perdre leur emploi. In fine, ces mesures, si elles venaient à voir le jour, contribueraient à soutenir la croissance économique globale. Et donc éviterait une remontée du chômage, comme cela semble s’amorcer d’ores et déjà. Après une décrue amorcée depuis 2005 (11,1%, 9,7% et 9,8% respectivement en 2005, 2006 et 2007), le taux de chômage s’inscrit légèrement en hausse à la fin de 2008 : 10,2%. Une tendance que le secteur agricole, malgré une bonne performance en ce début de campagne, arrivera sans doute difficilement à inverser.

Source : La vie éco - Salah Agueniou

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