Dirham : pourquoi Bank Al-Maghrib freine encore avant le grand saut

- 18h00 - Maroc - Ecrit par : Bladi.net

Huit ans après l’amorce de la réforme du régime de change, Bank Al-Maghrib maintient sa ligne de conduite : pas de précipitation. Alors que le dirham évolue dans une bande de fluctuation encadrée depuis 2018, le Wali Abdellatif Jouahri prépare le terrain pour une nouvelle étape majeure à l’horizon 2026, tout en insistant sur la nécessité de protéger les petites entreprises face aux risques du marché.

Pour les autorités monétaires, la libéralisation de la monnaie nationale ne doit jamais être synonyme de rupture brutale. La doctrine reste celle d’une transition par paliers, conditionnée à des prérequis stricts pour éviter tout dérapage. Si l’objectif final est bien de laisser davantage de place à la « main invisible » du marché, le régulateur refuse de lâcher les garde-fous tant que l’architecture financière ne sera pas jugée assez solide pour absorber les chocs, explique le journal les Inspirations Eco. Actuellement, le Royaume fonctionne avec un dirham fluctuant autour d’un cours central déterminé par un panier de devises, dominé par l’euro et le dollar, un système qui a permis d’amortir les crises récentes.

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Le cœur du problème réside dans le transfert du risque. En élargissant la bande de fluctuation, Bank Al-Maghrib transfère mécaniquement l’exposition au risque de change de l’institution vers les agents économiques. Dans une économie marocaine qui importe l’essentiel de son énergie, de ses matières premières et de ses équipements, une volatilité accrue pourrait impacter directement les marges des entreprises et, par ricochet, les prix à la consommation. C’est cette crainte de l’inflation importée qui incite le Wali à la plus grande prudence, refusant de calquer le calendrier de la réforme sur un agenda politique.

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L’inquiétude majeure concerne le tissu productif local, majoritairement composé de Très Petites Entreprises (TPE). Si les grandes structures et les PME exportatrices disposent des outils et de l’ingénierie financière pour se couvrir contre les variations monétaires, les petites entités naviguent souvent à vue. Sans une diffusion massive des instruments de couverture, une flexibilité accrue reviendrait à fragiliser ces acteurs déjà vulnérables. C’est pourquoi l’année 2026 est présentée comme une année-test : elle servira de phase pilote pour le « ciblage de l’inflation », une étape technique cruciale qui devrait mener à une mise en œuvre effective fin 2026 ou début 2027, à condition que le marché soit prêt à encaisser les soubresauts d’une monnaie plus libre.

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    L'année 2025 se termine sur un statu quo monétaire. Réuni pour sa dernière session trimestrielle, le Conseil de Bank Al-Maghrib (BAM) a décidé de maintenir le taux directeur inchangé à 2,25 %, jugeant ce niveau approprié au regard d'une inflation maîtrisée à 0,8 %. Mais au-delà des chiffres, c'est l'annonce d'une phase pilote en 2026 pour le ciblage de l'inflation, prélude à une flexibilisation plus poussée du dirham, qui retient l'attention.

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    Avec un stock de devises atteignant 431,24 milliards de dirhams à fin octobre, le Maroc met fin aux inquiétudes sur ses équilibres extérieurs. Ce record historique, en hausse de 20 % sur un an, ancre désormais la solidité financière du Royaume sur deux moteurs structurels : le tourisme et les investissements étrangers.

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    Le dirham marocain s'est déprécié de 0,1 % face au dollar américain et est resté quasiment stable vis-à-vis de l'euro durant la semaine du 20 au 26 novembre 2025, selon Bank Al-Maghrib (BAM).

  • Le Maroc accélère la libéralisation du dirham

    Initié depuis plusieurs années, le processus de libéralisation du régime de change au Maroc suit son cours. L'objectif à terme étant de renforcer la flexibilité du dirham et la résilience économique.

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    L'année 2025 aura marqué un tournant avec le retour des pluies et l'organisation de la CAN. Pour 2026, le Maroc change d'échelle : l'économie nationale devrait accélérer sa croissance, portée par un volume d'investissement public inédit en prévision de la Coupe du Monde 2030. Si les indicateurs macroéconomiques sont au vert, le défi de l'emploi reste la préoccupation majeure.