Esquisse historique du tapis marocians :une combinaison de formes et de Couleurs

- 10h30 - Maroc - Ecrit par :

Parmi les différentes significations que revêt le terme "zarabia" (tapis), d’origine arabe, on retiendra plus particulièrement celle de "parterre fleuri" ou encore de "ce qui est tendu au sol et sur lequel on prend appui".
La forme berbérisée est : tazerbyt.
Au Maroc, on emploie également le mot qtifa, de même origine, qui désigne le tapis à haute laine tissé généralement dans les régions de haute altitude chez les Marmoucha et les Aït Ouaouzguite.

Si Al-Idrissi un peu avant le milieu du XIIe siècle, Ibn Saïd et al-Saqoundi dans la première moitié du XIIIe siècle, signalent la qualité des laines produites à Chinchilla et l’excellence de facture des tapis réalisés à Murcia, Baza, Grenade, le tapis d’Abanilla donnant déjà lieu à une exportation en Orient - les chroniqueurs marocains soulignent la beauté des tapis ou encore des tentures murales (hanbel), tapis à poils ras, et la place que cette production occupe au Maroc.
Il est probable que certains tissages régionaux, bien que non attestés durant le haut Moyen Age, soient déjà observés, à l’instar d’autres industries telle celle de la céramique.

A l’époque mérinide, le tapis figure parmi les cadeaux remportés par les ambassades étrangères. Au nombre des présents offerts par le Sultan Abou-l-Hassan au Souverain Mamelouk d’Egypte, on compte "...deux hanbel en soie, dix hanbel en soie et laine ... et des hanbel des Zemmour".

Sous le règne du Sultan Abou Inan, Ibn Al-Haj Al-Noumayri décrit l’apparat d’une caravane princière : "... et sur eux (les chameaux), (on voit) des tissus en soie et en fil d’or et des tapis (zarabi) d’une beauté sans égal". Ce chroniqueur note, par ailleurs, la beauté d’une zawiya de l’époque, qualité que lui confère son mobilier riche et varié : "J’ai vu la coupole et toutes les pièces qui sont garnies d’un ameublement d’une beauté singulière, composé de tapis à haute laine (qataïf), de tapis à poil ras et à points noués (zarabi) et de couvre-lits".

Au XVIe siècle, Jean Léon l’Africain précise que le tapis fait partie du trousseau de la mariée de Fès : "On donne encore un tapis à laine longue d’une vingtaine de coudées et trois couvertures dont une face est un drap...".
Il signale, de même que De Marmol, la vente aux enchères des tapis à Fès : "Près de là, dans quelques petites boutiques, on vend aux enchères des tapis et des couvertures de lit".
A la même époque, sous les Saâdiens, on retrouve le tapis parmi les produits du Maroc exportés, notamment vers l’Afrique Noire, L’historiographe de la dynastie saädienne - al-Fachtali - évoque à maintes reprises, dans sa description du palais al-Badiâ, la finesse des tapis meublant les majestueuses qoubba.
Les chroniqueurs des XVIIIe et XIXe siècles se réfèrent souvent à cette production. Ibn Zidan mentionne l’usage du tapis au temps de Sidi Mohammed Ibn Abdallah. Al-Douâyf rapporte que le tapis est un cadeau de choix à l’époque de Moulay Sliman.
Au XIXe siècle, le tapis marocain est l’un des produits les plus exportés vers l’Europe, en particulier vers la France. En 1867, le Sultan Moulay Abderrahman envoie, avec un célèbre commerçant de Fès, à la deuxième exposition universelle de Paris, "tout ce qu’il y a de mieux, de spécifique au Maroc, en selles de chevaux brodées au fil d’or... et de merveilleux tapis". Dès lors, une place de choix est réservée au tapis dans les deux expositions qui ont suivi (en 1878 et en 1889).
"...Toutes sortes de produits d’artisanat national y sont exposées : de fins tapis, des armes dorées et argentées ainsi que d’autres jolis articles...", nous confie un visiteur arabe-Amin Fikri-après avoir admiré la quatrième Exposition Universelle, à propos du stand du Maroc. Moulay al-Hassan pour sa part, dès son avènement, offrit à certains chefs d’Etat européens de nombreux tapis parmi lesquels figure le tapis de Rabat. A la fin du XIXe siècle et au début du XXe, le tissage du tapis, si l’on en croit Prosper Ricard, est une activité généralisée dans presque toutes les villes marocaines. Après ce survol historique, une question s’impose : des tapis anciens ont-ils été conservés, à l’instar de ceux d’Orient et d’Europe ?
M. J. Lessing attribue au Maroc certains tapis de laine à poil de chèvre très fins qu’il date d’ailleurs des XVe-XVIe siècles -hypothèse controversée- conservés au Kungstenwerk Museum et au Victoria and Albert Museum. A défaut de spécimens hispano-maghrébins, un tapis de laine recueilli au Musée Archéologique de Grenade serait la plus ancienne œuvre hispano-mauresque attestée. L’époque mudéjare, qui prolonge les procédés mûris en Espagne musulmane, a légué de beaux tapis s’échelonnant du XIVe au XVIIe siècles et comptant parmi les collections de musées.
Au Maroc, les tapis les plus anciens remontent au XVIIIe siècle : celui de Chiadma, daté avec exactitude (1202h/1787J.C.), en porte témoignage. Les travaux de Prosper Ricard ont révélé plusieurs réalisations du XIXe siècle, dont la plupart sont des tapis de Rabat.
L’industrie du tapis a subi, au cours du XXe siècle, d’importantes transformations. Au lendemain du protectorat, le Service des Arts indigènes s’est soucié de cette production. Un répertoire, incomplet certes mais combien important, a été établi. La collecte des spécimens anciens, dont un certain nombre subsiste encore dans les m’usées marocains -le Musée des Oudayas à Rabat, Dar Batha à Fès, Dar Si Saïd à Marrakech-, s’est ensuivie. Grâce aux ateliers expérimentaux installés dans certaines villes, notamment à Rabat, les techniques ont été étudiées et mises en application. Ces ateliers élaboraient des maquettes d’anciennes pièces et préparaient des couleurs végétales conformément aux recettes traditionnelles. Ces produits, mis ensuite à la disposition des tisseuses de Rabat, des régions de Meknès et de Marrakech, ont permis d’obtenir des tapis fidèles aux anciens modèles. Cet encadrement technique était soutenu par l’organisation d’un réseau commercial efficace. Ces dispositions ont eu pour effet de stopper l’utilisation des couleurs chimiques - diffusées par les marchands israélites - qui avaient touché, dès la fin du XIXe siècle, les principaux centres de production.
L’utilisation de maquettes d’anciennes pièces avait d’abord abouti à la stéréotypie de certains genres de tapis (celui de Rabat en particulier), et avait relégué la tisseuse au rôle d’exécutante dépourvue de toute créativité. Les années 1940 voient naître les coopératives ; dès lors, la fabrication du tapis constitue un secteur actif de l’économie marocaine. La multiplication des centres de fabrication à travers le pays, depuis l’Indépendance, a fait apparaître d’autres genres de tapis tels ceux de Fès, de Boujaâd, etc.

Cet article est paru dans "Du signe à l’image", le tapis marocain Edition lak international

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