Les étudiants marocains délaissent la France

- 09h00 - France - Ecrit par : L.A

La France reste la première destination des étudiants marocains à l’étranger. Mais un mouvement inhabituel apparaît : leurs effectifs y baissent depuis trois ans, tandis qu’ils progressent nettement en Allemagne. Les nouvelles mesures françaises pourraient encore accentuer cette évolution.

« Au Maroc, on commence à délaisser la France », constate Ibrahim, un étudiant marocain de 19 ans interrogé par Le Monde. Son impression trouve désormais un début de confirmation dans les statistiques.

Sur Bladi.net : La France perd les étudiants marocains

En 2022-2023, la France accueillait 45 162 étudiants marocains, soit déjà 3 % de moins en un an. Ils n’étaient plus que 43 354 en 2023-2024, nouvelle baisse de 4 %. Campus France a ensuite enregistré un troisième recul consécutif en 2024-2025, de 3 %. Le Maroc reste pourtant, et de loin, le premier pays d’origine des étudiants étrangers en France.

Le contraste est d’autant plus notable que l’enseignement supérieur français continue globalement d’attirer davantage d’étrangers. Leurs effectifs ont progressé de 3 % en 2024-2025, à 443 500 étudiants, au moment même où ceux des Marocains diminuaient encore.

L’Allemagne suit le chemin inverse

Pendant ce temps, l’Allemagne gagne du terrain. Les statistiques de Wissenschaft weltoffen, établies à partir des données de l’Office fédéral allemand de la statistique, recensent 7 866 étudiants marocains au semestre d’hiver 2024-2025. Ils n’étaient que 6 195 quatre ans auparavant. La progression approche ainsi 27 %.

Le coût peut expliquer une partie de l’écart. Dans les établissements supérieurs publics allemands, les licences et de nombreux masters sont généralement exempts de frais de scolarité, hors contributions semestrielles. Des exceptions existent, notamment dans le Bade-Wurtemberg où les étudiants hors Union européenne paient 1 500 euros par semestre, précise le portail officiel Study in Germany.

En France, le mouvement va désormais dans l’autre sens. Les étudiants non européens peuvent payer jusqu’à 2 895 euros en licence et 3 941 euros en master. Un décret du 19 mai prévoit en outre de réduire fortement le nombre d’étudiants pouvant échapper à ces droits différenciés. S’y ajoute, pour certains, la disparition des aides au logement.

Yassine, étudiant marocain à Toulouse, envisage déjà l’Allemagne, où vit son frère. Ibrahim regarde également d’autres destinations. Pour ces étudiants, il ne s’agit plus seulement de choisir entre plusieurs universités, mais de comparer ce que leurs familles peuvent encore financer.

Il serait néanmoins prématuré de parler d’un abandon de la France. Les candidatures marocaines pour la rentrée 2026-2027 progressent même de 8 %, avec un taux d’admission de 41 %. Elles ont toutefois été déposées avant l’annonce des dernières mesures.

Sur Bladi.net : Un coup dur attend les étudiants marocains en France

C’est donc aux prochaines rentrées que le changement pourra réellement être mesuré. La France conserve un avantage considérable auprès des étudiants marocains, construit par des décennies de proximité universitaire et linguistique. Mais après trois années consécutives de baisse et face à une Allemagne qui attire de plus en plus de Marocains, cet avantage n’apparaît plus aussi incontestable.