L’Europe encourage les usines vertes au Maroc, mais ses nouvelles règles pourraient les pénaliser

- 23h00 - Maroc - Ecrit par : Farid Laamoudi

Le Maroc possède des atouts majeurs pour devenir un centre de production industrielle verte aux portes de l’Europe. Mais une étude européenne publiée ce mercredi 14 octobre identifie trois obstacles qui pourraient freiner ses ambitions : le financement, les infrastructures énergétiques et les nouvelles règles commerciales de Bruxelles.

Le Maroc multiplie les projets de batteries électriques, d’hydrogène vert et d’usines alimentées par les énergies renouvelables. Mais transformer ces investissements annoncés en une véritable puissance industrielle sera plus compliqué que prévu. Dans une étude de 49 pages publiée le 14 octobre, le Centre européen de gestion des politiques de développement (ECDPM) examine les ambitions du Royaume aux côtés de celles de l’Égypte et de la Turquie. Son constat : malgré des progrès industriels réels, plusieurs obstacles empêchent encore les projets de passer à grande échelle.

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Le premier concerne l’argent, mais surtout les garanties exigées par les investisseurs. En 2025, le Maroc a approuvé des projets d’hydrogène vert représentant 32,5 milliards de dollars. Certains investisseurs ont déjà signé des accords fonciers et lancé des études de faisabilité. Pourtant, aucun de ces projets n’avait encore franchi l’étape décisive de l’engagement définitif des investissements, selon les auteurs.

La raison est notamment commerciale. Les industriels peuvent construire des installations capables de produire de l’hydrogène ou de l’ammoniac vert, mais ils doivent d’abord être certains de trouver des acheteurs prêts à payer suffisamment cher ces produits. Or, les entreprises européennes hésitent encore à s’engager sur des contrats de longue durée, tandis que les mécanismes de soutien et les obligations d’achat restent incertains.

Le groupe OCP dispose toutefois d’un avantage particulier. Premier importateur mondial d’ammoniac, le Maroc possède déjà, grâce à son industrie des phosphates, un débouché national pour une partie de la production verte. Le programme d’investissement de 13 milliards de dollars du groupe pourrait ainsi réduire sa dépendance aux importations. Encore faut-il que l’ammoniac vert devienne suffisamment compétitif face à celui produit à partir d’énergies fossiles.

Une électricité encore trop dépendante des énergies fossiles

Le deuxième obstacle est énergétique. À la mi-2025, les énergies renouvelables représentaient 45,5 % de la puissance électrique installée au Maroc, un niveau proche de l’objectif de 52 % fixé pour 2030. Mais leur contribution à la production effective d’électricité restait autour de 25 %. L’industrie marocaine dépend encore largement des combustibles fossiles importés, notamment pour ses besoins en chaleur.

Pour alimenter les futures usines de batteries, d’hydrogène et de composants automobiles, le Royaume devra produire davantage d’électricité renouvelable, développer le stockage et moderniser son réseau. Les auteurs soulignent les difficultés de raccordement, le coût du transport de l’électricité et la distance entre certaines zones de production solaire ou éolienne et les grands centres industriels.

Cette fragilité apparaît déjà dans les échanges électriques du Maroc avec l’Espagne. Les deux interconnexions existantes, d’une capacité cumulée de 1 400 mégawatts, constituent le seul lien électrique opérationnel entre l’Afrique et l’Europe. Le développement des usines vertes nécessitera également davantage d’eau dessalée, particulièrement pour les projets liés à l’hydrogène.

Le troisième obstacle pourrait venir directement de Bruxelles. Le Maroc bénéficie d’un accès préférentiel au marché européen, qui absorbe environ un tiers de ses exportations. Cette proximité a favorisé le développement de l’industrie automobile et attire désormais les fabricants de batteries, notamment chinois. COBCO produit déjà des précurseurs de cathodes, tandis que Gotion et BTR développent d’autres maillons de la chaîne industrielle.

Mais l’arrivée massive des industriels chinois au Maroc inquiète l’Union européenne. Bruxelles redoute que certaines entreprises utilisent le Royaume pour contourner les droits de douane imposés aux produits chinois subventionnés. De nouvelles règles européennes pourraient privilégier les composants fabriqués dans l’Union pour les marchés publics et les programmes d’aide, sans accorder automatiquement le même traitement aux produits fabriqués au Maroc.

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L’étude souligne ainsi un paradoxe : l’Europe encourage ses voisins à développer une industrie verte, tout en envisageant des mesures susceptibles de limiter l’accès de leurs produits à son marché. Les fabricants de batteries installés au Maroc pourraient se retrouver particulièrement exposés à cette contradiction, alors même que leurs investissements visent largement les constructeurs automobiles européens.