Le Maroc fait financer son boom industriel par la Chine sans lâcher les États-Unis

- 00h00 - Maroc - Ecrit par : Sébastien A.

Le Maroc tire parti de la rivalité entre Washington et Pékin pour accélérer son industrialisation. Les capitaux chinois financent de nouvelles usines, tandis que les États-Unis conservent une relation commerciale et stratégique particulièrement favorable avec le royaume.

Cette stratégie marocaine est mise en avant par le quotidien espagnol El Economista, qui décrit un pays parvenu à attirer les industriels chinois sans remettre en cause son alliance historique avec Washington.

La Chine est devenue l’un des principaux moteurs de la nouvelle industrie marocaine. À Kénitra, Gotion High-Tech, dont Volkswagen détient environ 25 %, construit une usine de batteries électriques représentant un investissement initial de 1,3 milliard de dollars. Sa première phase doit atteindre une capacité annuelle de 10 GWh.

Le projet doit permettre au Maroc de produire localement des cellules et des packs de batteries lithium-fer-phosphate. La Banque africaine de développement a déjà approuvé un financement de 110 millions de dollars pour accompagner cette future gigafactory.

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Autour de Tanger, Kénitra et Jorf Lasfar, d’autres groupes chinois investissent dans les cathodes, les anodes, les pneumatiques et les équipements automobiles. Entre 2023 et 2025, le Maroc a ainsi capté près de la moitié des projets automobiles chinois recensés dans la région MENA.

Washington vend, Pékin construit

Dans le même temps, le Maroc n’a pas pris ses distances avec les États-Unis. L’accord de libre-échange entré en vigueur en 2006, la coopération militaire et les relations diplomatiques permettent à Washington de conserver une position privilégiée dans le royaume.

Cette proximité profite fortement aux entreprises américaines. En 2025, les États-Unis ont exporté pour 5,53 milliards de dollars de marchandises vers le Maroc, contre 1,86 milliard de dollars d’achats. Leur excédent commercial a ainsi atteint 3,67 milliards de dollars.

La tendance s’est encore renforcée durant les sept premiers mois de 2026 : les ventes américaines au Maroc ont dépassé 4 milliards de dollars, pour un excédent de 2,83 milliards. Washington tire donc un avantage commercial direct de la croissance marocaine, même si les investissements industriels les plus spectaculaires viennent aujourd’hui de Chine.

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Pour Pékin, le Maroc offre une base de production proche de l’Europe, reliée aux grands marchés par Tanger Med et dotée d’un secteur automobile déjà structuré. Le royaume dispose également de phosphates, indispensables aux batteries LFP, ainsi que d’accords commerciaux avec l’Union européenne et les États-Unis.

Rabat ne choisit donc pas entre les deux puissances. La Chine apporte les usines, les technologies et les capitaux nécessaires à son changement d’échelle industriel. Les États-Unis conservent leurs marchés, leurs contrats et leur influence stratégique. Le Maroc, lui, utilise cette concurrence pour renforcer son appareil productif sans s’enfermer dans un seul camp.