Le Maroc est-il devenu l’arme secrète de la Chine pour contourner les taxes occidentales ?
Le Maroc s’impose comme la plateforme industrielle privilégiée de la Chine pour contourner les barrières douanières occidentales. Selon BMI-Fitch Solutions, le Royaume a attiré près de 50 % des investissements automobiles chinois recensés dans la région MENA entre 2023 et 2025.
Dans un contexte de tensions commerciales exacerbées entre Pékin, Bruxelles et Washington, le Royaume tire profit de son positionnement stratégique pour devenir le pivot du « nearshoring » asiatique. Sur les 183 projets automobiles recensés dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord ces deux dernières années, un quart implique des capitaux chinois, dont la moitié a atterri sur le sol marocain. Cette attractivité repose sur un écosystème mature, une main-d’œuvre qualifiée et, surtout, un accord de libre-échange avec l’Union européenne permettant aux industriels de préserver leur compétitivité face au durcissement des droits de douane sur les véhicules électriques.
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Le pays consolide particulièrement sa position sur la chaîne de valeur stratégique des batteries grâce à ses immenses réserves de phosphate, composant essentiel de la technologie LFP (lithium-fer-phosphate). Cette ressource critique a favorisé l’implantation de géants tels que Gotion High-Tech, qui a engagé 1,3 milliard de dollars dans une « Gigafactory », ou encore CNGR Advanced Materials. Ces investissements visent à sécuriser l’approvisionnement pour des constructeurs occidentaux tout en servant de base arrière pour l’exportation de véhicules à coûts maîtrisés vers l’Europe.
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La dynamique industrielle s’étend désormais au-delà des composants électroniques, comme en témoigne le lancement récent d’un mégaprojet dans l’Oriental. Le groupe chinois Shandong Yongsheng, via sa filiale Goldensun Tire Morocco, a débuté la construction d’un complexe de fabrication de pneus dans la province de Driouch pour un montant de 6,7 milliards de dirhams. Ce site, présenté comme le plus grand du genre en Afrique, illustre la volonté de Pékin de diversifier ses ancrages au Maroc pour couvrir l’ensemble de la chaîne de production automobile.
Cette offensive marocaine s’inscrit dans une tendance régionale où la zone MENA devient un débouché prioritaire pour l’industrie chinoise, dont les exportations ont bondi de plus de 60 % par an depuis 2020. Mais là où les pays du Golfe restent des marchés de consommation majeurs, le Maroc se distingue par son rôle de hub manufacturier. Face aux taxes prohibitives de 100 % aux États-Unis et aux surtaxes européennes, la délocalisation de proximité au sud de la Méditerranée apparaît comme la réponse logistique la plus pragmatique pour les constructeurs chinois tels que BYD ou MG.