Elle faisait le ménage dans cette entreprise, 23 ans plus tard une Marocaine en devient la patronne
Arrivée du Maroc sans parler néerlandais, Souad El Markhous a commencé comme femme de ménage dans une entreprise de construction à Amsterdam. Vingt-trois ans plus tard, elle en devenait copropriétaire. Entre les deux, des études suivies en secret, une faillite évitée de justesse et une ascension peu ordinaire.
En 1991, Souad El Markhous pousse la porte de l’entreprise De Combi pour y faire quelques heures de ménage. La jeune Marocaine, originaire de Larache, vient de s’installer aux Pays-Bas chez une tante à qui elle doit payer un loyer. Elle ne maîtrise presque pas la langue et n’a aucun diplôme néerlandais. Pourtant, elle rêve de tout autre chose : poursuivre des études et se construire une carrière.
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Au Maroc, son père s’était opposé à son projet d’étudier l’économie à Tétouan, à deux heures et demie de route du domicile familial. Elle avait finalement quitté le pays avec l’aide d’une cousine, en ne prévenant que sa mère. Mais une fois aux Pays-Bas, les réticences de son entourage à ses études persistent. Souad trouve alors un allié inattendu : son patron.
Convaincu de ses capacités, le dirigeant de De Combi l’encourage à suivre une formation en comptabilité. Pendant trois ans, elle étudie en cachette tout en apprenant le néerlandais. Son employeur va jusqu’à lui inventer des heures de travail supplémentaires pour justifier ses absences. « À la maison, je devais faire semblant de ne pas parler néerlandais », raconte-t-elle au magazine Intermediair.
Le stratagème finit par être découvert. Sa famille lui demande de se marier, ce qu’elle accepte à une condition : pouvoir continuer à étudier et à travailler. Dans l’entreprise, les promotions s’enchaînent. D’abord réceptionniste, elle passe à l’administration avant de prendre la responsabilité de la comptabilité.
24 heures pour sauver l’entreprise où elle faisait le ménage
Le véritable tournant survient en 2014. De Combi fait faillite et Souad risque de perdre l’emploi qu’elle a mis plus de vingt ans à construire. Avec Willie van Dijk, alors directeur d’établissement, elle décide de reprendre l’entreprise. Encore faut-il convaincre un investisseur, et vite. « Il fallait trouver une solution en 24 heures », se souvient-elle dans un entretien publié en juillet 2026 par CFO.nl. Le financement est finalement trouvé.
La voilà copropriétaire et dirigeante de l’entreprise où elle avait commencé comme femme de ménage. Pas de quoi impressionner immédiatement ses interlocuteurs. Lors des réunions, les clients, presque tous des hommes, s’adressent surtout à son associé. Dans les salons professionnels, certains la prennent pour sa secrétaire. Pendant six mois, elle reçoit même des courriels adressés à « Monsieur El Markhous ».
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Son parcours finit pourtant par attirer l’attention. En 2018, elle est élue femme d’affaires de l’année dans la catégorie entrepreneuriat issu de la diversité. La télévision locale AT5 lui consacre un reportage et ses collaborateurs saluent une patronne accessible, capable de se faire une place dans un secteur largement masculin.
Aujourd’hui, Souad El Markhous regarde aussi vers son pays natal. À travers Markhous Développement, elle s’intéresse à l’immobilier et aux investissements entre les Pays-Bas et le Maroc. Elle a notamment annoncé un partenariat avec le groupe INVEX Capital, basé à Tanger, pour développer des projets dans la construction et les technologies durables. Un nouveau chapitre pour celle qui, trente-cinq ans plus tôt, gagnait sa vie en nettoyant les bureaux d’une entreprise amstellodamoise.